Selon l’expert militaire Léonid Nersissian, la Pologne fait désormais partie des pays prêts à développer une coopération militaro-technique avec l’Erevan, dans un contexte de diversification des relations extérieures arméniennes et de crise des liens traditionnels avec la Russie. Il estime que l’expérience polonaise de transition d’un système soviétique vers les standards de l’OTAN pourrait servir de modèle utile à la transformation de l’armée arménienne.
Le partenariat militaire entre l’Arménie et la Pologne s’approfondit, selon l’expert militaire Léonid Nersissian, interrogé par 1inTV. Il a estimé que cette relation constitue un axe important de la diversification des liens extérieurs de l’Arménie, alors que ses relations traditionnelles avec la Russie traversent une crise. Selon lui, la Pologne fait désormais partie des pays prêts à développer une coopération militaro-technique avec l’Arménie, une situation qui n’existait pas encore il y a deux ans mais qui a nettement progressé récemment, avec plusieurs rencontres de haut niveau au cours de la dernière année, dont une visite du ministre de la Défense.
D’après Léonid Nersissian, la Pologne dispose déjà, sur le plan des accords conclus, de la possibilité de passer à des étapes plus concrètes : exercices militaires multilatéraux, programmes éducatifs et développement de la coopération militaro-technique. Il a souligné que la Pologne possède une industrie militaire intéressante, ce qui offre des possibilités supplémentaires de coopération. Selon lui, l’une des motivations polonaises serait de soutenir le rapprochement de l’Arménie avec l’Union européenne et les États-Unis et son éloignement de la Russie, mais des intérêts économiques entrent également en jeu, la Pologne, qui consacre des dépenses militaires importantes, voyant en l’Arménie un marché potentiel pour sa production militaire et non militaire.
L’expert a particulièrement mis en avant l’expérience polonaise de transformation et de modernisation de l’armée, estimant que l’Arménie pourrait s’en inspirer pour apprendre à prendre des décisions rapides et efficaces dans son propre processus de transformation militaire. Il a noté que même des États plus grands rencontrent des difficultés sérieuses dans ce domaine, alors que la Pologne a enregistré des progrès notables, notamment dans le secteur de l’industrie de défense. Il a également évoqué la vaste coopération militaire entre la Pologne et la Corée du Sud, estimant que si l’Arménie parvenait à développer ses relations avec Séoul et à accéder à ce marché, elle pourrait aussi obtenir, via la Pologne, certains modèles d’armements et de munitions sud-coréens.
Selon Léonid Nersissian, l’Arménie pourrait également bénéficier, par l’intermédiaire de la Pologne, de l’expérience tirée de la guerre russo-ukrainienne, sans avoir besoin d’exercices directs avec la Russie ou l’Ukraine, la Pologne ayant été très proche de ces événements. Il a précisé que l’important pour l’Arménie n’est pas de reproduire mécaniquement l’expérience d’un pays, mais d’étudier et de combiner les expériences de différents pays afin de déterminer ce qui peut être adapté au contexte arménien. Il a jugé particulièrement pertinente l’expérience polonaise de transition d’une armée aux standards soviétiques vers un système otanien, cette transition étant relativement récente. Il a aussi suggéré de comparer cette expérience à celle des pays baltes, tout en notant que leurs armées sont plus petites que les forces armées arméniennes en termes d’effectifs et d’équipements.
Abordant la question de la défense territoriale, Léonid Nersissian a expliqué que dans le cas polonais, la conscience de sa nécessité est liée à une perception claire des menaces réelles à la sécurité, la plupart des Polonais n’ayant pas besoin qu’on leur explique d’où pourrait venir une menace, ce qui facilite la mise en place d’un tel système. Il a jugé la situation plus complexe en Arménie, où le processus de paix impose de préserver une certaine logique de paix, tout en reconnaissant qu’aucun accord écrit ne peut garantir la paix à cent pour cent, d’où la nécessité d’une armée forte comme dernière garantie de sécurité. Selon lui, le défi pour l’Arménie consiste à trouver un équilibre permettant de concilier le processus de paix et la nécessité d’une armée solide, tout en accordant une importance particulière à la standardisation des systèmes d’armement.
Source : Mer Oughin

