**Répondant à des journalistes russes, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a évité de se prononcer sur une sortie de l’Union économique eurasiatique ou une adhésion rapide à l’UE, estimant qu’il faut d’abord construire les bases politiques, juridiques et économiques permettant un choix réel avant tout référendum. Selon l’analyste Mkrtitch Israélian, cette position vise à éviter qu’un référendum ne se transforme en vote de confiance envers le pouvoir, tout en renvoyant à Moscou comme à Bruxelles la responsabilité de clarifier leurs propositions respectives.**
Répondant récemment à des journalistes russes, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian s’est abstenu d’évoquer un calendrier de sortie de l’Union économique eurasiatique (UEE) ou une adhésion rapide à l’Union européenne (UE). Selon l’auteur de cette tribune, Mkrtitch Israélian, publiée sur zarkerak.am, le chef du gouvernement propose une autre approche : construire d’abord les bases politiques, juridiques et économiques permettant un véritable choix, avant de soumettre celui-ci au peuple.
L’auteur estime que ce cadrage, loin d’être une simple formule diplomatique, revêt une portée politique plus profonde. Selon lui, Nikol Pachinian reconnaît de fait qu’il est aujourd’hui impossible de proposer aux citoyens arméniens un choix dont le contenu ne peut même être décrit entièrement par l’État. D’après Pachinian, cité par l’auteur, un référendum organisé dans l’immédiat susciterait inévitablement des questions sans réponse à ce jour : que gagnerait ou perdrait l’Arménie avec une adhésion à l’UE, quelles conséquences pour son appartenance à l’UEE, ses exportations, son régime douanier, son marché du travail ou sa politique de sécurité.
Pour Mkrtitch Israélian, le message central du Premier ministre est qu’un référendum ne peut précéder le processus politique : il faudrait d’abord des négociations, une demande officielle, une réponse de l’Union européenne, une éventuelle feuille de route, et seulement ensuite la décision populaire. L’auteur y voit aussi un calcul politique de Nikol Pachinian : si un référendum était annoncé dès maintenant, il se transformerait, selon lui, moins en vote sur l’adhésion à l’UE qu’en scrutin de confiance envers le pouvoir en place – scénario que rechercherait la Russie, laquelle poserait la tenue d’un référendum comme condition stricte face aux autorités arméniennes.
L’auteur relève également une double adresse dans les propos du Premier ministre : à Moscou, il serait signifié que l’Arménie n’a pas encore arrêté de choix géopolitique définitif et ne prévoit pas de mesures unilatérales ; à Bruxelles, le message serait que si l’intégration européenne doit devenir un agenda réel, l’UE doit elle-même préciser ce qu’elle propose à l’Arménie. Ainsi, selon Israélian, Nikol Pachinian transfère une partie de la responsabilité vers l’UE : sans perspective claire d’adhésion, sans feuille de route, sans garanties politiques et économiques, un référendum resterait un acte politique vide.
L’auteur soulève toutefois une interrogation : si les autorités affirment qu’il faut d’abord créer les conditions du choix, encore faut-il vérifier leur volonté d’agir vite et de façon cohérente dans ce sens, sous peine que le report constant d’une demande officielle à l’UE ne transforme la formule du « choix pas encore constitué » en politique d’attente indéfinie. Pour Mkrtitch Israélian, le succès de cette approche dépendra de la capacité du pouvoir à transformer ce « choix » annoncé en processus concret plutôt qu’en simples déclarations politiques, la question centrale n’étant plus « UE ou UEE » mais si l’Arménie parviendra à créer les conditions politiques et juridiques d’un choix réel, informé et fondé.
Source : Mer Oughin

