mer-oughin-34316-1
5 min de lecture

Selon le politologue Robert Ghévondian, l’Arménie ne réclame pas un référendum sur son maintien dans l’Union économique eurasiatique, contrairement à ce qu’affirme Moscou, mais sur une éventuelle adhésion à l’Union européenne. Il estime que le Kremlin peine à accepter qu’Erevan revendique désormais ses propres intérêts et cherche à diversifier ses partenariats économiques et sécuritaires.

Selon le politologue Robert Ghévondian, interrogé par 1inTV, l’Arménie serait en train de changer les « règles du jeu » dans ses relations avec Moscou. D’après lui, la Russie chercherait à utiliser l’appartenance arménienne à l’Union économique eurasiatique (UEE) comme un levier de pression, mais Erevan refuserait désormais l’influence exclusive de Moscou tout en diversifiant ses partenariats sécuritaires et économiques, sans pour autant être en mesure, selon lui, de quitter immédiatement les structures russes pour des raisons économiques.

Le politologue a par ailleurs estimé que la déclaration de M. Galouzine déformait la nature du référendum envisagé par l’Arménie : selon lui, Erevan n’a jamais annoncé de référendum sur le maintien ou non dans l’UEE, mais uniquement sur une éventuelle adhésion à l’Union européenne. Il a jugé qu’un référendum sur le maintien dans l’UEE n’aurait pas de sens puisque l’Arménie en est déjà membre, précisant que la question posée porterait sur la volonté ou non de devenir membre de l’UE, et non sur un maintien dans l’UEE. Il a dit partager la position du Premier ministre Nikol Pachinian selon laquelle un tel référendum prendrait son sens lorsque l’Arménie déposera sa candidature et que l’UE se montrera disposée à lui accorder le statut de candidat.

Selon M. Ghévondian, Moscou ne souhaiterait pas qu’un référendum ait lieu en Arménie et que la Russie soit contrainte d’en accepter le résultat, car elle chercherait plutôt à transformer ce vote en un nouveau levier de pression, pouvant imposer diverses exigences si la population choisissait de quitter l’UEE. Il a toutefois estimé que le principal risque en cas de sortie de l’UEE serait économique, lié aux voies d’exportation et à l’accès sans droits de douane aux produits russes. Rappelant qu’avant 2015 l’Arménie coopérait avec ces pays sur une base d’égalité hors de l’UEE, il a jugé qu’un retour à cette situation restait possible, mais nécessiterait du temps, du travail et une diversification économique, un processus que Moscou chercherait, selon lui, à empêcher.

Sur les relations arméno-russes, le politologue a affirmé que Moscou refuserait encore d’admettre que le temps d’une concurrence à égalité avec d’autres centres de pouvoir serait venu pour l’Arménie, le Kremlin souhaitant conserver un droit de regard décisif sur les décisions arméniennes, tant extérieures qu’intérieures, comme cela aurait été le cas jusqu’en 2022. Répondant à la déclaration de M. Pachinian selon laquelle la Russie voudrait des relations exclusives ou pas de relations du tout, M. Ghévondian a jugé que cela ne pouvait être ainsi, estimant que les relations entre les deux pays ne pourraient disparaître totalement et que Moscou serait contraint, qu’il le veuille ou non, de construire avec l’Arménie un nouveau format de partenariat.

Concernant l’OTSC, le politologue a relevé que l’Arménie serait de fait absente des travaux de cette organisation et n’aurait, selon lui, aucun besoin d’y revenir, ajoutant qu’une éventuelle privation du droit de vote arménien n’aurait pas de portée réelle puisque l’Arménie n’y participerait déjà plus concrètement. Il a jugé qu’un possible chantage lié à l’UEE existerait dans une certaine mesure, les autorités arméniennes semblant en avoir une certaine crainte, mais qu’il serait pour l’essentiel « fictif », l’UEE ayant, selon lui, autant besoin de l’Arménie que l’inverse. Il a également estimé que les autorités arméniennes auraient tardé à engager le processus de sortie de l’OTSC, une démarche qui, selon lui, aurait pu offrir davantage d’opportunités si elle avait été entamée avant la rencontre de Bruxelles du 5 avril 2024, alors qu’aujourd’hui elle n’apporterait plus les mêmes bénéfices.

Interrogé sur l’élection d’Aram Vardevanian à l’Assemblée nationale, M. Ghévondian a jugé ce choix compréhensible, un membre de l’opposition devant occuper ce poste, et a estimé qu’au regard des capacités politiques et intellectuelles des membres du groupe « Hayastan Ourich », cette élection constituait l’une des options possibles, tout en jugeant souhaitable qu’une femme de ce groupe soit élue vice-présidente du Parlement afin d’assurer une certaine parité. Sur la répartition des commissions parlementaires, il a réitéré son constat selon lequel l’Assemblée nationale ne mènerait pas de politique étrangère, celle-ci n’étant pas, selon lui, un sujet relevant du Parlement dans la réalité arménienne, malgré l’existence de commissions dédiées aux relations extérieures et à l’intégration européenne.

Source : Mer Oughin