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**Selon Armine Margarian, présidente du think tank « Femmes et architecture de sécurité globale », l’Arménie doit passer à un système de sécurité et de défense globales impliquant, au-delà de l’armée, l’État, la société civile, les entreprises et le monde académique. Elle estime que la pérennité de l’État arménien pourrait constituer le socle idéologique commun capable de rassembler les différentes forces politiques et sociales du pays.**

Selon Armine Margaryan, présidente du think tank « Femmes et architecture de sécurité globale », interrogée par 1inTV, l’Arménie doit évoluer vers un système de sécurité et de défense global, dans lequel la protection de l’État ne relève plus exclusivement de l’armée. Elle a souligné la nécessité d’une synchronisation entre les institutions étatiques et le secteur civil, incluant l’économie, le cyberespace et la stabilité psychologique.

Mme Margaryan a précisé que la sécurité globale doit être distinguée du système global de défense et de sécurité proprement dit. Selon elle, il s’agit d’abord d’un concept impliquant que la défense du pays ne se limite pas à une composante militaire, mais englobe aussi l’économie, la coopération internationale, l’éducation, l’énergie et la sécurité psychologique, entre autres domaines. Elle a noté que l’Arménie évolue déjà dans cette direction, ce concept figurant dans le programme du gouvernement, et qu’il s’agit non seulement d’une nouvelle idéologie de sécurité mais aussi d’un nouveau modèle de gouvernance. Elle a estimé que la responsabilité de la sécurité de l’État doit incomber non seulement aux organes étatiques, mais aussi à la société civile, aux entreprises, aux think tanks, à la communauté scientifique, aux structures de l’industrie militaire et aux spécialistes de cybersécurité.

S’appuyant sur les exemples de la Finlande, de la Suède et de l’Estonie, Armine Margaryan a affirmé que la mise en place d’un tel système exige non seulement une coopération entre structures, mais aussi un changement d’approche et d’idéologie. Elle a jugé nécessaire de bâtir en Arménie un socle idéologique commun autour duquel pourraient se rassembler différentes forces politiques et sociales, ce socle pouvant être la pérennité de l’État arménien. Elle a également estimé qu’un contrat civique devrait être établi entre l’État et la société, fondé sur l’idée que la préservation de l’État et de la sécurité est une responsabilité collective.

Interrogée sur les divergences politiques, Mme Margaryan a précisé qu’avoir des opinions politiques différentes ou être en désaccord avec la politique du pouvoir ne constitue pas en soi une menace hybride, la Constitution garantissant la liberté d’expression et le droit à une position politique. Elle a toutefois observé qu’un problème de sécurité surgit lorsqu’un acteur politique ou social agit avec le soutien de forces extérieures et sert leurs intérêts, d’où la nécessité, selon elle, d’un cadre juridique permettant de distinguer clairement le pluralisme politique de l’instrumentalisation par une influence étrangère.

Mme Margaryan a également souligné le rôle des organisations sportives et militaires, dont le nombre et les capacités ont, selon elle, nettement augmenté en Arménie depuis la guerre de 2020. Elle a estimé que l’État devrait encadrer juridiquement le statut de ces structures et leurs relations avec lui plutôt que d’ignorer leur existence, citant en exemple l’externalisation de certaines fonctions au sein des forces armées, un petit État aux ressources limitées devant selon elle s’appuyer aussi sur les citoyens, les organisations civiles et les structures dotées de capacités technologiques.

Appliquant le même raisonnement à l’industrie militaire, Armine Margaryan a indiqué que les entreprises de ce secteur disposent aussi de capacités analytiques et technologiques leur permettant de suivre l’évolution de la nature des guerres et des nouvelles technologies, et de contribuer à la modernisation des forces armées. Elle a jugé que le ministère de la Défense, les forces armées ainsi que les structures militaro-industrielles et sportivo-militaires devraient donc travailler de façon coordonnée. Elle a désigné l’harmonisation des approches étatiques et sociétales comme l’un des principaux défis, estimant que l’Arménie reste marquée par une culture post-soviétique où la sécurité de l’État est perçue comme relevant exclusivement de l’appareil étatique, alors que le système de sécurité global repose sur des liens horizontaux et la synchronisation de différents acteurs.

Source : Mer Oughin