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**Réagissant à la déclaration du président russe Vladimir Poutine se disant prêt à retirer la base militaire du 102e si Erevan n’en voit pas la nécessité, le politologue David Stepanyan a estimé que la priorité actuelle des discussions avec Moscou est la question du chemin de fer arménien, et non la base militaire. Selon lui, la Russie chercherait à détourner l’agenda des négociations en mettant en avant ce sujet.**

Le président russe Vladimir Poutine a récemment déclaré que Moscou était prêt à retirer sa base militaire d’Arménie si Erevan n’en voyait pas la nécessité. Selon le politologue Davit Stepanyan, interrogé par Zarkerak.am, cette déclaration constitue une tentative de détourner l’agenda réel des négociations arméno-russes.

D’après Davit Stepanyan, le sujet le plus urgent pour lequel le Premier ministre Nikol Pachinian se rend à Moscou est celui du chemin de fer arménien. Il a expliqué que si le chemin de fer arménien ne devient pas véritablement arménien et si l’Arménie ne connecte pas ses communications à l’Azerbaïdjan et surtout à la Turquie, le projet TRIPP risque de se transformer en un simple « corridor de Zanguezour » reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan sans continuité vers la Turquie, ce qu’il considère comme une question clé pour l’Arménie.

Selon lui, tant que le chemin de fer arménien reste sous concession russe, le désenclavement de la région se fera sans l’Arménie et grâce aux efforts de la Russie. C’est pourquoi, estime-t-il, Vladimir Poutine a introduit dans l’agenda la question de la 102e base militaire russe, qu’il juge non prioritaire actuellement pour l’Arménie.

Davit Stepanyan a également évoqué un document récemment publié montrant que les priorités de politique étrangère de la Russie dans le Caucase du Sud ont basculé de l’Arménie vers l’Azerbaïdjan dès 2006. Il a cité, comme illustrations de ce basculement, les livraisons d’armes offensives russes à l’Azerbaïdjan depuis 2006, la guerre de quatre jours de 2016, la guerre de 44 jours de 2020, les combats de Tavush, les attaques azerbaïdjanaises sur le territoire souverain arménien en 2021-2022, ainsi que l’exode des Arméniens du Karabakh en 2023. Selon lui, le rôle de la Russie dans ces événements montre que le facteur de la 102e base militaire est aujourd’hui équivalent à zéro pour la sécurité de l’Arménie.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles la partie arménienne ne demande pas le retrait de la base, le politologue a répondu que des questions plus urgentes doivent être résolues en priorité, comme celle du chemin de fer, avant d’aborder celle de la base militaire. Il n’a par ailleurs pas exclu que la Russie elle-même puisse un jour demander à retirer cette base, rappelant qu’elle fait face à de sérieux besoins en Ukraine et pourrait avoir besoin ailleurs des 2 000 à 3 000 militaires et des armements actuellement présents en Arménie.

Concernant la prochaine rencontre entre Nikol Pachinian et Vladimir Poutine, Davit Stepanyan a estimé que ce dernier tentera de manœuvrer, mais que cela ne doit pas empêcher Pachinian de soulever la question principale du chemin de fer. Selon lui, cette visite devrait permettre d’obtenir une réponse définitive quant à savoir si la Russie accepte de résoudre cette question dans un cadre de partenariat, ou si l’Arménie devra la régler de manière unilatérale.

Source : Mer Oughin