**Selon l’expert en médias et cybersécurité Samvel Martirossian, les pannes de Yandex, liées aux frappes ukrainiennes sur des centres de données russes, ont paralysé les taxis et les transports publics en Arménie. Il a estimé que l’État devait adopter des mesures législatives et stratégiques pour protéger la souveraineté numérique du pays.**
Selon l’expert en médias et cybersécurité Samvel Martirossian, interrogé par Radio Lratvakan, la guerre russo-ukrainienne est devenue aussi une guerre d’usure économique. Il a expliqué que, si la Russie frappe des centres logistiques pour limiter les exportations ukrainiennes, l’Ukraine cible pour sa part les infrastructures numériques, en particulier les centres de données, dont la destruction peut paralyser simultanément de nombreuses entreprises et services. À ses yeux, Kiev cherche les points les plus vulnérables de l’infrastructure numérique russe.
Yandex a été visé, a-t-il indiqué, en raison de son rôle dans l’économie russe : la société ne se limite pas à la commande de taxis, mais propose aussi des services de paiement et de cloud utilisés par de nombreuses entreprises. M. Martirossian a estimé que les restrictions législatives russes sur le stockage des données et les sanctions ont accru la dépendance du pays envers ses infrastructures locales, alors que l’Ukraine avait pu, au début de la guerre, transférer à l’étranger une partie des données de ses systèmes publics. Selon lui, la destruction d’un centre de données n’entraîne pas forcément une interruption durable : les entreprises peuvent redistribuer leurs ressources entre centres en activité, mais dans des limites. Il a jugé que Yandex avait réorganisé son travail assez rapidement, tout en prévenant que de nouvelles attaques pourraient provoquer d’autres pannes.
Concernant l’Arménie, il a affirmé que les pannes de Yandex ont eu des répercussions directes, avec un effondrement des systèmes de taxis et de transports publics. Il a souligné qu’une dépendance excessive envers une seule entreprise crée des risques et que le rôle de Yandex est visible dans les taxis, les livraisons et les systèmes numériques du transport public. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement la position dominante de l’entreprise, mais les conséquences pour le pays lorsqu’un facteur extérieur interrompt ses services. Il a estimé que l’efficacité de la politique antimonopole en Arménie n’est pas suffisamment visible et que l’État n’a pas encore défini d’approche claire pour limiter ces dépendances.
Selon l’expert, l’État dispose de plusieurs leviers : des restrictions législatives, notamment dans les secteurs considérés comme des infrastructures critiques, et l’encouragement de la diversification du marché, par des mécanismes fiscaux et économiques, afin que plusieurs services concurrentiels se développent dans un même secteur. Il a cité l’exemple des États-Unis, où l’État est parfois intervenu pour limiter la domination de grandes entreprises, estimant que même en économie de marché libre, l’État peut intervenir lorsqu’une entreprise menace l’intérêt public.
M. Martirossian a jugé la vulnérabilité du système de transport arménien particulièrement préoccupante : si le secteur fonctionne déjà mal, une influence extérieure peut paralyser l’ensemble. Il a rappelé que, lors des événements du Tavouch, la partie azerbaïdjanaise avait, selon ses informations, tenté de provoquer des embouteillages artificiels en commandant un grand nombre de taxis vers certaines destinations. Pour lui, de tels exemples montrent que des infrastructures faibles sont exposées aux opérations hybrides, et que l’État doit évaluer ces risques à l’avance. À propos de la souveraineté numérique, il a ajouté qu’il importe de savoir non seulement où les données des citoyens sont physiquement stockées, mais aussi où et comment elles sont traitées. Il a conclu à la nécessité de solutions stratégiques et législatives claires pour protéger la souveraineté et la sécurité numériques de l’Arménie.
Source : Mer Oughin

