Depuis plusieurs années, Ishkhan Saghatelian se présente comme l’un des principaux visages de l’opposition arménienne. Discours patriotiques, dénonciation du pouvoir, manifestations de rue et appels à la mobilisation nationale rythment son action politique. Pourtant, une autre affaire retient aujourd’hui l’attention de la justice arménienne.
Le Parquet général a engagé une procédure visant la confiscation de biens considérés comme potentiellement injustifiés. Selon les éléments rendus publics, cette procédure concerne cinq biens immobiliers, cinq véhicules, des participations dans trois sociétés ainsi qu’environ 267 millions de drams d’avoirs financiers.
Ishkhan Saghatelian conteste fermement ces accusations et affirme qu’il s’agit d’une procédure à caractère politique. Comme dans tout État de droit, il appartient à la justice de déterminer les faits et chacun demeure présumé innocent tant qu’aucune décision définitive n’a été rendue.
Mais les chiffres, eux, interpellent.
Les 267 millions de drams évoqués dans cette procédure représentent déjà près de 600 000 euros, soit plus de soixante-dix années de salaire moyen en Arménie sans dépenser un seul dram. Or cette somme ne constitue qu’une partie des avoirs concernés. La procédure vise également cinq biens immobiliers, cinq véhicules et des participations dans trois sociétés. Si l’on tient compte de l’ensemble de ces actifs, on dépasse probablement largement le siècle de travail pour un salarié moyen arménien.
Pour de nombreux Arméniens de France, le constat est tout aussi frappant. Même avec un revenu moyen français, il faudrait probablement plus d’un demi-siècle de travail, sans dépenser un seul euro de son salaire, pour atteindre un niveau de patrimoine comparable. Une réalité qui ne manque pas d’interpeller lorsque l’on se souvient que la plupart des familles de la diaspora ont construit leur situation au prix de décennies de travail, d’épargne et parfois de sacrifices sur plusieurs générations.
La question n’est donc pas seulement juridique. Elle est également politique et morale. Lorsqu’un responsable qui prétend parler au nom du peuple se retrouve au centre d’une procédure portant sur un patrimoine d’une telle ampleur, les citoyens sont en droit de demander des explications claires et transparentes.
Pourtant, les représentants de la FRA en France évoquent rarement cette affaire lorsqu’ils dénoncent une prétendue persécution politique. Comment un responsable politique qui se présente comme le porte-voix du peuple peut-il se retrouver aujourd’hui au centre d’une procédure portant sur un patrimoine dont l’ampleur représente probablement plus d’un siècle de salaire moyen arménien ?
C’est désormais à la justice arménienne d’apporter les réponses. Mais une chose est déjà certaine : les montants évoqués dans cette affaire sont suffisamment importants pour que le débat dépasse largement les frontières de la politique partisane.
Combien de militants de la diaspora ont passé leurs soirées, leurs week-ends et parfois une partie de leur vie à militer bénévolement pour la FRA ? Combien ont collecté des fonds, organisé des événements et défendu le parti sans jamais toucher un centime ? Face aux montants aujourd’hui évoqués par la justice, une question se pose inévitablement : au profit de qui tous ces sacrifices ont-ils réellement servi ?

