Selon l’analyste politique David Stepanyan, les intérêts de l’Arménie et de la Russie ne coïncident plus depuis 2007, en raison du rapprochement de Moscou avec la Turquie et l’Azerbaïdjan. Il estime que la Russie utilise l’UEEA et le gaz comme moyens de pression économique et politique pour empêcher Erevan de diversifier sa politique étrangère, tout en jugeant que la crise ne se limite pas à la seule personne du Premier ministre Nikol Pachinian.
Selon l’analyste politique David Stepanyan, les intérêts de l’Arménie et de la Russie ne convergent plus depuis un certain temps déjà, un processus amorcé, selon lui, en 2007 après un changement dans la politique étrangère russe, notamment un rapprochement de Moscou avec la Turquie et l’Azerbaïdjan. Il a estimé que les déclarations du Premier ministre Nikol Pachinian sur l’Union économique eurasiatique (UEE) s’adressent en réalité à la Russie, Erevan subissant depuis plusieurs mois des pressions économiques de la part de Moscou, l’UEE étant selon lui utilisée comme un levier pour contraindre l’Arménie à choisir entre l’Union européenne et l’UEE.
David Stepanyan a par ailleurs jugé que le problème entre les deux pays ne se limite pas à l’UEE, rappelant que l’Arménie n’a même pas déposé de candidature d’adhésion à l’Union européenne, ce qui montre selon lui que l’intégration européenne n’est pas la véritable cause de la crise. Selon lui, l’Arménie n’est pas aussi dépendante de la Russie dans le cadre de l’UEE qu’on le prétend souvent, puisqu’elle donnerait plus à cette organisation qu’elle n’en reçoit ; les actions de Moscou viseraient donc avant tout à préserver son influence sur l’Arménie plutôt qu’à résoudre des différends économiques.
L’analyste a affirmé que la Russie utilise presque tous les leviers possibles contre l’Arménie, le gaz étant selon lui le plus important d’entre eux. Si l’Arménie disposait de fournisseurs alternatifs, comme l’Iran, le Turkménistan via un système de swap, ou encore l’Azerbaïdjan, la Russie ne pourrait plus utiliser efficacement le gaz comme moyen de pression politique. Pour David Stepanyan, la diversification des approvisionnements serait la voie la plus favorable pour Erevan.
Concernant l’UE, David Stepanyan a estimé que la loi arménienne relative au processus d’adhésion revêt surtout une portée politique et rhétorique, et que ce qui inquiète réellement Moscou serait plutôt l’émergence de nouveaux projets de communication régionaux dont la Russie est exclue. Il a rappelé qu’après la guerre de 2020, Moscou avait misé sur le contrôle des communications régionales, un calcul qui serait aujourd’hui remis en cause, la Russie perdant ses anciens instruments d’influence et cherchant à maintenir son emprise par des pressions économiques et politiques.
Selon l’analyste, l’objectif principal de l’Arménie n’est pas tant l’adhésion à l’UE que la diversification de sa politique étrangère et économique, celle-ci restant impossible tant que l’économie reste dépendante de la Russie et de l’UEE. Il a souligné l’importance de la réouverture de la frontière arméno-turque, susceptible selon lui de modifier la situation économique et géopolitique de toute la région, tout en évoquant un problème interne de qualité de certains produits arméniens, notamment le cognac, qu’il revient au gouvernement et aux producteurs de résoudre.
David Stepanyan a également estimé que la détérioration des relations arméno-russes ne saurait être attribuée uniquement à Nikol Pachinian, les intérêts des États primant sur les facteurs personnels en relations internationales. Il a évoqué le contrat de concession ferroviaire arménien, que la Russie n’exploite pas mais empêcherait d’être utilisé par d’autres, ce qui pourrait pousser l’Arménie à des mesures plus fermes. Sur le projet TRIPP, il a jugé que la participation russe est pratiquement exclue en raison du rôle dominant des États-Unis, et a estimé peu probable, à ce stade, une participation chinoise. Concernant une éventuelle perte de la voix de l’Arménie au sein de l’OTSC, il a jugé que cela n’aurait pas de conséquence pratique significative, l’Arménie n’ayant selon lui exercé ce droit que de jure et non de facto, la dégradation des relations avec l’OTSC résultant, selon lui, de la crise plus ancienne entre Erevan et Moscou et non l’inverse.
Source : Mer Oughin

