hebdo-histoire-2026-08-11
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Patrimoine UNESCO 2010

Dans le paysage arménien, une forme sculptée s’impose comme l’une des expressions les plus singulières de l’art chrétien local : le khatchkar. Ce terme, formé de « xač‘ », la croix, et « k‘ar », la pierre, signifie littéralement « pierre à croix ». La traduction courante de « croix de pierre » est pourtant fautive, car ces stèles n’ont généralement pas la forme d’une croix. Il s’agit plutôt de dalles verticales, arquées ou rectangulaires, sculptées d’une ou plusieurs croix accompagnées d’un décor ornemental, parfois de figures humaines et d’inscriptions. Cette production, propre à l’Arménie historique, a longtemps couvert l’ensemble du territoire ; elle demeure aujourd’hui particulièrement préservée en Arménie, tandis que les khatchkars du Haut-Karabagh sont systématiquement détruits par l’Azerbaïdjan.

Les dimensions de ces stèles obéissent à des proportions assez régulières : une hauteur oscillant entre 1,5 et 2 mètres, une largeur comprise entre 0,5 et 1,5 mètre, et une épaisseur de 10 à 30 centimètres, même si certains exemplaires exceptionnels, comme deux khatchkars datés de 1194 dans la région d’Erzenka, atteignent 6 mètres. Taillées dans une pierre locale relativement tendre — tuf, basalte, andésite, felsite ou grès —, les stèles sont orientées vers l’est, leurs ornements sculptés en bas-relief sur la face ouest. On distingue les khatchkars dressés, posés sur un socle et fixés par un tenon, de ceux encastrés dans les murs d’un lieu de culte, ou encore rupestres, directement taillés dans la roche. Certains sites, comme Noradouz ou, avant sa destruction, Djoulfa, forment de véritables cimetières de khatchkars.

Ces monuments répondent à trois fonctions principales. La fonction votive, la plus fréquente, constitue une prière pour le salut de l’âme d’un donateur et de ses parents. La fonction commémorative, plus rare, rappelle une fondation, une construction ou une victoire militaire. Enfin, la fonction apotropaïque, appelée tsasman, vise à protéger contre les démons ou les catastrophes naturelles. Isolés, les khatchkars pouvaient aussi servir de bornes marquant un terrain, une route ou une frontière.

La symbolique du khatchkar puise dans la christologie pro