**Dans un entretien à 1inTV, l’évêque Gevorg Saroyan, primat du diocèse de Massiatsotn, affirme que le Catholicossat a été détourné de sa mission spirituelle et instrumentalisé par certaines forces d’opposition, ce qui expliquerait la procédure judiciaire inédite visant le Catholicos et de hauts responsables de l’Église. Il assure avoir été destitué de ses fonctions de primat pour avoir dénoncé ces dérives sans qu’aucune instance canonique ne l’ait entendu, ce qui l’a contraint, selon lui, à saisir la justice civile pour faire valoir ses droits.**
Mgr Gevorg Saroyan, primat du diocèse de Massiatsotn, a accordé un entretien à 1inTV pour expliquer les fondements de la procédure judiciaire inédite engagée contre le Catholicos de tous les Arméniens et d’autres membres du haut clergé. Selon lui, cette démarche judiciaire trouve son origine dans des violations canoniques au sein de l’Église, la politisation du clergé et des tentatives de dissimuler des scandales internes. Il a affirmé que le Saint-Siège d’Etchmiadzine est devenu un instrument politique, ce qui, selon lui, met en danger les fondements de l’État et détourne l’Église de sa mission spirituelle originelle.
Mgr Saroyan a rappelé qu’un désaccord existait entre l’Église et l’État concernant l’implication de l’institution ecclésiastique dans la vie politique, un débat qui, selon lui, avait également cours en interne, plusieurs évêques ayant soulevé ces questions auprès du dirigeant de fait de l’Église, à titre individuel comme lors de synodes épiscopaux. Il a estimé qu’après le mouvement dit du « combat sacré », il était devenu évident que les événements s’étaient produits avec la tolérance de la plus haute autorité ecclésiastique, celle-ci disant une chose lors des synodes tout en agissant différemment dans les faits. Il a par ailleurs lié directement la situation actuelle de Mgr Bagrat à cette même tolérance, estimant que si le dirigeant de fait de l’Église avait agi à temps pour empêcher ce processus, Mgr Bagrat ne se trouverait probablement pas dans cette situation aujourd’hui.
Concernant les vidéos scandaleuses impliquant le chancelier, l’archevêque Archak Khatchatryan, Mgr Saroyan a indiqué avoir alors formellement établi qu’il ne s’agissait pas de rumeurs mais d’un véritable scandale, nécessitant selon lui une suspension temporaire des activités concernées afin d’éviter toute tentation pour la société. Il a affirmé que ces deux aspects – la politisation de l’Église, qu’il a qualifiée de phénomène anticanonique et sans précédent, ainsi que la question de la foi, une telle affaire étant selon lui sévèrement condamnée par les Saintes Écritures, les canons ecclésiastiques et les enseignements des pères de l’Église – ont été ignorés.
Selon Mgr Saroyan, c’est dans ce contexte qu’est né le problème de sa révocation de son poste de primat diocésain, ces questions ayant été à plusieurs reprises soulevées puis ignorées. Il a jugé que l’Église s’était éloignée de sa doctrine orthodoxe pour s’impliquer progressivement dans des actions qu’il a qualifiées d’anti-étatiques, devenant un instrument pour certaines ailes de l’opposition, citant à l’appui les déclarations de partis d’opposition annonçant vouloir se rendre au Saint-Siège. Il a affirmé que les forces d’opposition dictent aujourd’hui au dirigeant de fait de l’Église sa conduite, celui-ci se dissimulant, selon lui, derrière ces forces en pensant pouvoir ainsi se protéger.
Mgr Saroyan a précisé que les questions soulevées par lui-même et d’autres évêques relevaient du domaine canonique, une accusation ayant selon lui été formulée contre le dirigeant de fait de l’Église concernant à la fois la politisation de l’Église et son attitude face au scandale évoqué, sans qu’aucune réponse n’ait toutefois été apportée dans le cadre canonique. Il a estimé que si des accusations canoniques sont portées contre des évêques, le dirigeant de fait de l’Église est tenu de convoquer les instances et synodes compétents pour instruire l’affaire, ajoutant qu’il existe des procédures spécifiques pour la révocation d’un évêque, prévues selon lui par les statuts de l’Église apostolique arménienne, validés par le ministère arménien de la Justice.
Mgr Saroyan a estimé qu’il ne pouvait être démis de ses fonctions simplement pour avoir dénoncé la sortie du cadre canonique par le dirigeant de fait de l’Église et la politisation de l’institution devenue, selon lui, un instrument des forces d’opposition, une situation qu’il juge porteuse de risques pour l’État arménien. Il a affirmé que lorsque les règles ecclésiastiques ne fonctionnent pas, il est naturel de se tourner vers une autre instance, les tribunaux, dénonçant une décision anticanonique de défroquement prise à son encontre plutôt qu’un examen de ses griefs dans le cadre canonique. Il a par ailleurs jugé que l’Église est aujourd’hui gouvernée de facto selon un principe clanique, où quiconque s’écarte de la position du dirigeant de fait est soit ramené dans le rang, soit écarté, sans qu’aucune voix alternative ne soit entendue. Rejetant les accusations de violation de vœux portées contre lui, il a affirmé que l’Église doit se guider par deux principes, la foi et la patrie.
Source : Mer Oughin

