Dans une tribune, Raffi Artalcian estime qu’au-delà de la compétition électorale, la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA), en tant que parti fondateur de la République d’Arménie, porte une responsabilité historique envers l’État lui-même. Selon lui, cette mission consiste à renforcer la souveraineté, les institutions et l’unité pannationale arménienne, indépendamment du gouvernement en place.
Dans une tribune publiée dans le média Asbarez, Raffi Artalcian, écrivant depuis la côte ouest américaine, revient sur les résultats des élections législatives du 7 juin en Arménie et sur la période politique qui s’est ouverte depuis. Selon l’auteur, ce nouveau contexte impose une réflexion critique sur la mission historique de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA-Dachnaktsoutioun), au-delà de la seule compétition électorale ou de l’opposition parlementaire.
Raffi Artalcian rappelle que le peuple arménien a vécu pendant des siècles sans État, sa vie nationale reposant alors sur l’Église, la culture, l’éducation et les structures communautaires, tout en subissant guerres, déportations et vagues d’émigration. Il estime qu’une nation peut survivre sans État mais ne peut alors pleinement maîtriser son destin. Il souligne que le réveil national arménien du XIXe siècle et la lutte de libération nationale qui a suivi ont façonné la conscience nationale moderne et mené à la création de la République d’Arménie en 1918.
L’auteur affirme que la FRA occupe une place particulière dans cette histoire : fondée en 1890, elle aurait dirigé des phases décisives de la lutte de libération nationale, participé à la fondation de la Première République, puis figuré parmi les forces politiques fondatrices de la République du Haut-Karabakh lorsque sa population a revendiqué son droit à l’autodétermination. Selon lui, cet héritage historique impose aux générations dachnaks actuelles des responsabilités allant au-delà de la lutte électorale, de l’opposition parlementaire ou de la participation gouvernementale.
Raffi Artalcian soutient qu’un parti fondateur, contrairement à un parti politique ordinaire, tire aussi sa légitimité de son rôle dans la fondation de la République, ce qui limiterait sa responsabilité à la seule politique électorale. Il estime que la FRA doit avant tout œuvrer à la souveraineté de la République d’Arménie, au renforcement des institutions étatiques, à l’État de droit et à la sécurité nationale, quelle que soit sa position au pouvoir ou dans l’opposition, ces intérêts fondamentaux ne devant pas, selon lui, être sacrifiés à la rivalité politique du moment.
L’auteur relève que la polarisation du champ politique arménien s’est accentuée ces dernières années, en particulier après la guerre, les devoirs naturels de l’opposition étant parfois confondus avec les intérêts de l’État, tandis que le pouvoir se serait souvent identifié à l’État lui-même en présentant ses adversaires politiques comme des adversaires de l’État. Il juge que la mission historique d’un parti fondateur peut ainsi diverger des objectifs immédiats de l’opposition parlementaire, et qu’un tel parti ne peut limiter son rôle à la critique du gouvernement ou à la recherche d’une alternance.
Raffi Artalcian insiste sur la nécessité de distinguer deux rôles de la FRA, organisation qu’il présente comme panarménienne et non limitée à l’Arménie : d’une part celui de force politique parlementaire, en droit de concourir aux élections et de critiquer le pouvoir ; d’autre part celui de parti fondateur de la République et de mouvement national à présence organisationnelle panarménienne, dont la priorité serait le renforcement de l’État arménien et de la diaspora, indépendamment de qui forme le gouvernement. Il conclut que, lorsque la politique d’un gouvernement en exercice contredit ses principes historiques, un parti fondateur peut naturellement chercher à obtenir une alternance.
Source : Mer Oughin

