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**Dans un entretien à Armtimes, le poète et traducteur Hakob Movsès estime que l’Arménie fait face pour la première fois à une véritable possibilité de bâtir un État souverain, à condition de se défaire de sa « psychologie de peuple subalterne » et de sa vision mythifiée de la Russie. Il juge également que le pays manque aujourd’hui d’une opposition politique saine et responsable.**

Selon le poète et traducteur Hakob Movsès, interrogé par Armtimes sur la période de transition que traverse l’Arménie et sur l’idée d’une «quatrième République», les républiques ne se distinguent pas simplement par un ordre numérique mais par leur philosophie de vie. Il a rappelé que la troisième République arménienne s’était constituée dans des conditions particulièrement difficiles, avec ses erreurs comme ses acquis, alors que le pays et son peuple font face aujourd’hui à des enjeux historiques, psychologiques et spirituels d’une nature différente.

Hakob Movsès a estimé que pour bâtir un État réellement souverain, expression de la pensée, des représentations et du monde spirituel du peuple arménien, il faut d’abord «nettoyer les écuries d’Augias» de la conscience collective, c’est-à-dire ce poids historique ayant façonné pendant des siècles une psychologie de peuple subordonné, que ce soit dans le cadre de l’Empire ottoman ou de l’Empire russe. Selon lui, la situation a changé : l’État ne doit plus être octroyé par un tiers, mais pris en charge par le peuple arménien lui-même, ce qui constitue autant une opportunité historique qu’une responsabilité.

Concernant la Russie, le poète a jugé que la représentation qu’en a la société arménienne est excessivement mythifiée, ce pays étant souvent perçu comme un «sauveur» sans que la conscience politique arménienne ait suffisamment saisi la nature du système étatique russe. Il a affirmé que les relations entre États se construisent sur la base d’intérêts, de capacités et de calculs politiques, et non sur des considérations purement matérielles comme le gaz ou le commerce.

Hakob Movsès a également jugé que l’Arménie ne doit pas se déprécier elle-même face à la Russie ou à tout autre pays, estimant que si elle se présente uniquement comme un petit peuple attendant l’aide extérieure, elle sera traitée en conséquence. Selon lui, contrairement à l’idée longtemps inculquée qu’elle devrait choisir uniquement entre la Russie et la Turquie du fait de sa position géographique, l’Arménie pourrait, avec une politique adaptée, avoir de l’importance à la fois pour la Russie, la Turquie, l’Orient et l’Occident, à condition de développer sa conscience politique et historique et de ne pas envisager ses relations avec ses voisins selon une logique de démonstration de force.

Sur le plan culturel, le poète a considéré que si l’héritage littéraire et culturel des générations précédentes doit être respecté, les temps nouveaux exigent un regard, une vision du monde, des formes et un contenu nouveaux. Il n’a pas jugé négatif en soi le conservatisme qu’il attribue au peuple arménien, mais a estimé nécessaire de surmonter l’habitude de rester trop attaché au passé, assignant à cet égard une responsabilité particulière aux intellectuels, qu’il a jugés en partie responsables, au cours des deux derniers siècles, de la formation de représentations limitées au sein du peuple arménien.

Interrogé sur l’opposition, Hakob Movsès a estimé que l’Arménie n’a pas aujourd’hui d’opposition véritable, alors qu’il la considère comme le second pilier du système de pouvoir, son absence risquant de priver le pouvoir lui-même d’une pleine conscience de ses tâches. Il a toutefois critiqué une partie de l’opposition actuelle, qu’il a accusée d’agir non comme une alternative politique saine mais selon une logique de retour au pouvoir à tout prix, dénonçant en particulier les déclarations évoquant de «plans secrets» : selon lui, il est impossible de convaincre le peuple par des programmes secrets et des menaces vagues, un programme ouvert et compréhensible devant au contraire lui être présenté.

Source : Mer Oughin