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Selon Rouben Mehrabyan, vice-président du parti « Au nom de la République », l’Arménie n’a pas encore surmonté l’héritage de deux décennies de « dictature criminelle » et doit s’affranchir de sa dépendance énergétique et politique envers la Russie, notamment via Gazprom et le chemin de fer. Il estime par ailleurs que les poursuites judiciaires visant Robert Kotcharian et sa famille ne relèvent pas de la persécution politique mais d’une nécessaire neutralisation des vestiges de l’ancien système.

Le vice-président du parti « Pour la République », Rouben Mehrabyan, a affirmé, dans un entretien à la Radio publique arménienne, que l’Arménie n’a pas encore surmonté l’héritage et les conséquences de deux décennies de ce qu’il qualifie de « dictature criminelle ». Selon lui, il est nécessaire de porter une évaluation non seulement juridique mais aussi politique sur cette période, en constatant que l’État avait été capturé par un groupe criminel organisé et transformé en instrument de crimes.

S’exprimant sur les arrestations de membres de la famille de l’ex-président Robert Kotcharian, Rouben Mehrabyan a estimé qu’il ne s’agit pas de persécution politique, faute d’élément politique clair dans les accusations. Il a toutefois reconnu que l’on pourrait parler de justice sélective si des affaires similaires n’étaient pas instruites, tout en jugeant que le principal problème réside ailleurs : si les éléments factuels étaient connus dès 2019, pourquoi sont-ils restés si longtemps dans les couloirs des organes chargés de l’application de la loi ? Selon lui, ce processus n’est devenu possible aujourd’hui qu’en raison de l’évolution de facteurs tant internes qu’externes, l’importance critique des relations arméno-russes ayant auparavant empêché de donner pleinement suite à ces dossiers.

Rouben Mehrabyan a jugé que l’évaluation du Premier ministre Nikol Pachinian, selon laquelle l’influence de l’ancien système perdure dans le système judiciaire, ne constitue qu’une partie de la vérité, la situation s’expliquant selon lui à la fois par des facteurs internes, peu modifiés, et par un environnement extérieur qui, lui, a substantiellement changé. Il a également évoqué les événements du 27 octobre et du 1er mars, rappelant que des questions sur les liens de Robert Kotcharian avec ces affaires sont soulevées depuis des décennies sans que le système judiciaire arménien ait pu leur donner une pleine qualification pénale, les affaires patrimoniales représentant selon lui une voie juridique plus simple. Comparant la situation à l’affaire Al Capone, il a estimé qu’un État peut parfois être confronté à un choix plus large : soit l’État, soit la personne devenue le symbole de la corruption systémique de cet État, ajoutant que si certains veulent qualifier ce processus de « commande politique », ce ne pourrait être qu’au sens où la société exige de vivre dans un État normal, incompatible selon lui avec le phénomène Kotcharian.

Abordant la dépendance énergétique de l’Arménie, Rouben Mehrabyan a indiqué que les relations avec Gazprom en constituent une manifestation importante, l’Arménie recevant le gaz russe à la frontière pour environ 177 dollars alors qu’il parvient au consommateur à un prix d’environ 380 à 400 dollars, un tarif qu’il a jugé excessif. Selon lui, la sécurité énergétique de l’Arménie ne peut dépendre d’une seule entreprise publique étrangère, et il existe une solution qu’il faut préparer avant les nouvelles négociations sur le prix du gaz attendues en décembre. Il a estimé que si Gazprom modifiait les conditions d’approvisionnement ou l’utilisait comme moyen de pression, la présence de cette entreprise dans le capital du secteur énergétique arménien perdrait son sens, celle-ci devant être un simple fournisseur et non un propriétaire influant sur la sécurité énergétique du pays, l’État ayant selon lui le droit et le devoir de se défendre pour protéger ses citoyens.

Rouben Mehrabyan a estimé que la même logique devrait s’appliquer au secteur ferroviaire, jugeant que la dépendance de l’Arménie envers la Russie a non seulement été dénuée de sens mais a eu des conséquences tragiques, désignant Robert Kotcharian comme l’un des artisans de cette dépendance. Il a conclu que l’Arménie doit être prête à des décisions fermes, voire dramatiques, dans ses relations avec la Russie, y compris, si nécessaire, sur la question de la propriété de Gazprom.

Source : Mer Oughin