**Le politologue Edgar Arakelyan a estimé, dans un entretien à Civic News, que les arrestations de Robert Kotcharian et de son fils répondent à une attente sociale de justice face au système jugé corrompu mis en place sous les présidences Kotcharian et Sargsian. Il a également affirmé que l’influence russe en Arménie reculait et que la situation au sein de l’Église devait être traitée aussi sous l’angle de la légalité et de la sécurité de l’État.**
Le média Civic News s’est entretenu avec le politologue Edgar Araqelyan au sujet des arrestations d’anciens hauts responsables arméniens, notamment de l’ex-président Robert Kotcharian et de son fils. Selon lui, ces procédures judiciaires constituent une étape attendue par la société et doivent être envisagées dans le cadre d’un rétablissement de la justice sociale, après deux décennies durant lesquelles, selon lui, un système corrompu et « mafieux » aurait démantelé l’économie et la capacité de défense du pays.
Selon Edgar Araqelyan, sous les mandats de Robert Kotcharian puis Serge Sarkissian, un modèle économique s’était mis en place concentrant l’économie arménienne dans les mains d’un nombre restreint de personnes. Il a affirmé que l’exercice d’une activité commerciale nécessitait souvent l’autorisation de responsables, le versement de sommes d’argent, puis la cession de parts à ces derniers ou à leurs familles. D’après lui, ce système n’a pas seulement produit de la corruption : il a affecté le développement économique, la capacité de défense et la démographie du pays, poussant des centaines de milliers de citoyens à quitter l’Arménie. Il a estimé que la population n’attend pas nécessairement la restitution de tout ce qui a été perdu, mais souhaite voir la justice sociale rétablie par la voie judiciaire.
Interrogé sur le moment choisi pour ces procédures, le politologue a expliqué qu’un dossier d’une telle ampleur nécessitait du temps, le système mis en place par les anciennes autorités ayant, selon lui, pénétré jusqu’au secteur judiciaire. Il a jugé que le pouvoir devait agir dans le cadre de la loi et de la Constitution, et non par une forme de justice expéditive, estimant que le système anticorruption mis en place ces dernières années donne déjà des résultats. Il a par ailleurs cité des données publiées sur l’activité financière de la famille Kotcharian, selon lesquelles environ 800 millions de dollars auraient transité entre 2001 et 2019 sur les comptes du fils de l’ex-président, précisant que cela ne représenterait, selon lui, que la partie visible d’un système ayant porté préjudice à l’État comme aux citoyens. Concernant Serge Sarkissian, il a estimé que l’ancien président porte lui aussi une lourde responsabilité, ayant occupé de hautes fonctions sous Kotcharian avant de lui succéder à la présidence.
Sur les réactions possibles de l’opposition, Edgar Araqelyan a jugé que ces arrestations ne lui apporteraient pas de dividende politique significatif, s’interrogeant sur l’absence de mobilisation populaire massive si ces forces disposaient réellement de centaines de milliers de soutiens. Selon lui, la majorité de la société attend aujourd’hui la mise en œuvre de la justice plutôt que la défense d’anciens responsables.
Concernant les relations arméno-russes, le politologue a estimé que Moscou a perdu une part importante de ses leviers politiques, économiques et sécuritaires sur l’Arménie, contrairement à l’époque de l’arrestation de Robert Kotcharian où des déclarations de haut niveau émanaient de Moscou. Selon lui, l’influence russe repose désormais surtout sur certaines forces politiques et individus, mais elle continuerait de décliner, l’attitude de la société arménienne envers l’agenda pro-russe ayant changé, ce dont l’opposition serait contrainte de tenir compte.
S’agissant de la situation autour de l’Église, Edgar Araqelyan a estimé que la question ne devait pas être envisagée uniquement comme une affaire interne religieuse, mais aussi sous l’angle juridique et de la sécurité de l’État, appelant à appliquer au sein de l’Église les mêmes principes de respect des lois et règlements. Il a jugé nécessaire de transformer le système fermé qui s’y serait constitué et a souligné la responsabilité sociale de l’État envers certains prêtres vivant, selon lui, dans une situation de grande précarité. En conclusion, il a affirmé que le rétablissement de la justice sociale et juridique reste un enjeu central pour l’Arménie, et que la responsabilité des participants au système corrompu des années précédentes importe non seulement pour le passé mais aussi pour l’avenir, le pouvoir d’État ne devant pas devenir, selon lui, un moyen d’enrichissement personnel.
Source : Mer Oughin

