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Selon l’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatian, la crise actuelle entre l’Arménie et la Russie s’inscrit dans un contexte durable et nécessite une révision des textes juridiques bilatéraux, dont le traité d’amitié de 1997 et l’accord sur la base militaire russe de Gyumri. Il estime également que l’Histoire des relations arméno-russes, dite des « 200 ans d’amitié », doit être réexaminée sans idéalisation ni rejet, y compris la période soviétique.

Dans un entretien accordé à 1inTV, l’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatyan analyse la crise actuelle des relations arméno-russes, à la fois sous l’angle juridique et historique. Selon lui, la situation actuelle s’inscrit dans la continuité d’une crise de longue durée, alimentée non seulement par les développements politiques récents mais aussi par des changements profonds survenus dans la région et dans le monde. Il a indiqué qu’après la rencontre de Bichkek, les parties ont en réalité constaté de sérieuses divergences dans leurs positions respectives et ont décidé de poursuivre les discussions à Moscou.

M. Kharatyan estime que la tenue de cette rencontre à Moscou revêt une portée en partie symbolique, soulignant qu’il n’y a pas de nécessité de se réunir dans un pays tiers pour discuter des relations bilatérales, et que le choix de Moscou relève selon lui de la logique russe consistant à considérer son propre territoire comme un centre politique. Il a par ailleurs jugé que plusieurs documents encadrant les relations bilatérales, comme le traité d’amitié arméno-russe de 1997, sont devenus obsolètes et nécessitent une révision, l’Arménie étant désormais engagée dans d’autres structures économiques et politiques.

Concernant la base militaire russe n°102 stationnée à Gyumri, dont l’accord a été prolongé par la suite, M. Kharatyan a jugé nécessaire d’évaluer non seulement sa signification politique mais aussi économique, en comparant les dépenses publiques arméniennes liées à son maintien aux bénéfices économiques supposés. Il a précisé qu’il ne fallait pas présumer automatiquement qu’un départ de la base russe constituerait une perte économique pour l’Arménie. Il a également estimé que la terminologie utilisée dans les documents juridiques régissant ces relations reflète des conceptions géopolitiques dépassées et devrait être adaptée aux réalités régionales actuelles.

Sur les structures multilatérales, M. Kharatyan a noté que l’Arménie coopère toujours dans le cadre de la CEI et de l’Union économique eurasiatique, mais que l’importance de ces deux structures diffère. Selon lui, la CEI n’a pas une importance vitale telle qu’une sortie entraînerait des pertes majeures et insurmontables, de nombreuses questions pouvant être réglées bilatéralement. Le cas de l’UEE lui paraît plus complexe, cette union créant certaines opportunités pour l’économie arménienne tout en limitant le développement de relations commerciales libres avec d’autres pays, notamment en direction de l’Occident.

Évoquant l’histoire des relations arméno-russes, M. Kharatyan a souligné que l’idée d’une « amitié de 200 ans » ne saurait être présentée comme une histoire continue et univoquement positive, rappelant que ces relations ont connu aussi bien des phases de coopération que de sérieuses tensions et pressions, y compris durant la période de la Première République ou les répressions staliniennes. Il a plaidé pour une approche factuelle de l’histoire, sans la diviser en noir et blanc, et pour une réévaluation par la société arménienne de son passé avec la Russie sans haine ni romantisation. Il a appelé à étudier de la même manière les relations historiques arméno-géorgiennes ainsi que la période soviétique.

M. Kharatyan a par ailleurs observé une tendance, selon lui préoccupante, à la romantisation du passé soviétique, particulièrement chez les jeunes générations. Il a jugé nécessaire un débat public plus large pour comprendre ce qu’était réellement le système soviétique, ses effets sur la société arménienne et ses conséquences sur la pensée nationale et politique, tout en précisant que cette réévaluation ne signifie pas porter un jugement exclusivement négatif sur cette période. Il a insisté sur le fait que le caractère autoritaire et totalitaire du système soviétique ne doit pas être romantisé, appelant enfin à développer dans la société des « mécanismes de défense » face à l’autoritarisme et au totalitarisme.

Source : Mer Oughin