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**À l’occasion du 21 septembre, une tribune publiée en Arménie défend l’idée qu’il vaut mieux « une Arménie petite, réelle et indépendante » qu’une Arménie « grande mais seulement rêvée ». L’auteur s’appuie sur des figures historiques de la Première République, comme Simon Vratsian, pour opposer réalisme politique et romantisme national.**

A l’occasion du 21 septembre, jour de l’indépendance de l’Arménie, un article d’opinion publié en arménien invite à réfléchir sur ce que signifie réellement posséder un État. Selon l’auteur, un État ne se réduit pas à un texte constitutionnel ou à une déclaration : il s’agit d’une armée, d’une économie, d’une diplomatie, d’institutions, d’un système éducatif, d’une démographie, de routes, de frontières et d’un travail étatique quotidien, ainsi que d’une capacité à faire des compromis, corriger des erreurs et raisonner sur le long terme.

L’auteur défend l’idée qu’il vaut mieux avoir une Arménie petite, réelle et indépendante qu’une Arménie grande mais seulement rêvée, précisant que l’indépendance ne peut être ni grande ni petite : elle existe ou n’existe pas. Il estime que cette pensée réaliste n’est pas nouvelle dans l’histoire politique arménienne, contrairement à une perception actuelle qui associerait souvent le parti Dachnaktsoutioun (FRA) à des revendications maximalistes et à un romantisme politique tourné vers l’idée d’une « grande Arménie historique ».

L’auteur cite plusieurs figures historiques du FRA et de la Première République d’Arménie qu’il présente comme ayant fait preuve, en leur temps, de réalisme politique : Simon Vratsian, qu’il décrit comme ayant critiqué les erreurs de son propre camp politique et compris la distinction entre objectifs nationaux et possibilités politiques réelles ; Hovhannès Katchaznouni, qui aurait cherché, notamment dans ses écrits ultérieurs, à évaluer l’expérience de la Première République selon des critères réalistes plutôt que mythifiés ; et Alexandre Khatissian, qui aurait dû, dans les questions d’État, de diplomatie et de relations internationales, constamment tenir compte du rapport de forces réel.

Selon l’auteur, ces figures montraient qu’un acteur politique peut avoir de grandes ambitions nationales tout en acceptant les limites réelles pour les atteindre, et que les objectifs nationaux ne disparaissent pas lorsque la politique devient réaliste : c’est au contraire ce réalisme qui permettrait de préserver ces objectifs pour l’avenir. Il ajoute que l’Arménie peut renoncer à beaucoup, revoir ses ambitions ou avoir des frontières réduites, mais ne doit pas renoncer à l’existence d’un État indépendant.

L’auteur s’interroge sur ce qu’il est advenu de cette tradition politique réaliste, se demandant comment celle-ci aurait parfois été remplacée par la reproduction de symboles du passé, de revendications maximalistes et de rêves politiques. Il précise que cette question ne concerne pas seulement le FRA mais, selon lui, l’ensemble de la culture politique arménienne, un enjeu qu’il juge d’autant plus important le 21 septembre que cette date serait souvent absorbée par le bruit de célébrations ou de polémiques partisanes, chaque parti commémorant, selon lui, « son » 21 septembre plutôt qu’une valeur commune.

Source : Mer Oughin