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**Dans un entretien accordé à 1inTV, l’orientaliste et conflictologue Arsen Kharatian a estimé que la Turquie perçoit plus clairement son propre intérêt à normaliser ses relations avec l’Arménie et pourrait faire avancer le processus sans considérer l’accord de l’Azerbaïdjan comme une condition obligatoire. Il a aussi évoqué la politique occidentale en Asie centrale, la guerre en Ukraine et la situation intérieure azerbaïdjanaise.**

Dans un entretien accordé à 1inTV, l’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatyan a abordé les stratégies de l’Occident en Asie centrale, les perspectives de partenariat avec les États-Unis et l’Union européenne, ainsi que les relations de l’Arménie avec la Turquie et l’Iran. Selon lui, la politique occidentale en Asie centrale se distingue ces derniers temps non seulement par des visites symboliques, mais aussi par un contenu concret, les relations prenant un caractère de plus en plus pratique et fondé sur les intérêts. Pour Washington, les ressources naturelles, notamment les minerais critiques et les énergies, ainsi que les infrastructures nécessaires à leur acheminement, deviennent prioritaires.

M. Kharatyan a estimé que le développement des liaisons entre le Caucase du Sud et l’Asie centrale touche directement les intérêts de l’Arménie, et que le projet TRIPP peut être examiné dans ce cadre, les États-Unis tenant à des communications sans entrave entre l’Asie centrale, le Caucase du Sud et l’Occident. Il a ajouté que les critères démocratiques ne sont plus aussi prioritaires qu’auparavant dans la coopération avec les pays occidentaux, y compris dans la politique extérieure de l’Union européenne, qui adopte une approche plus pragmatique. Il s’est toutefois dit préoccupé par l’usage, par des responsables européens, de toponymes controversés promus par l’Azerbaïdjan, dont l’expression « Zangezour occidental ». Selon lui, l’Arménie doit communiquer clairement sa position et veiller à ce que ses intérêts fondamentaux ne soient pas négligés.

Évoquant la guerre en Ukraine, il a jugé la situation de plus en plus complexe : les changements de politique américaine, l’incertitude sur l’aide à Kiev et les discussions sur d’éventuels accords avec la Russie accroissent l’instabilité. D’après lui, la société civile ukrainienne assume un rôle accru pour pallier les carences des structures étatiques, et la capacité de résistance des Ukrainiens continue d’étonner les observateurs internationaux. Il a relevé que l’Europe fait elle aussi face à de sérieux problèmes internes, le mécontentement socio-économique se transformant dans plusieurs pays en mouvements de protestation. Selon lui, l’aide financière de long terme à l’Ukraine deviendra plus difficile à assurer, compte tenu de la lassitude des sociétés européennes, du poids pesant sur les contribuables et des prochaines élections, et le renforcement de forces conservatrices dans plusieurs pays européens pourrait ajouter des difficultés.

Sur les relations arméno-turques, M. Kharatyan a noté que les manifestations devant l’ambassade d’Azerbaïdjan en Turquie et les évolutions de la scène politique turque peuvent témoigner de certaines contradictions entre les intérêts d’Ankara et de Bakou. À son avis, la volonté de la Turquie de normaliser ses relations avec l’Arménie peut devenir progressivement indépendante de la position azerbaïdjanaise. Il a aussi attiré l’attention sur une campagne d’information azerbaïdjanaise visant le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, estimant que Bakou évalue peut-être mal les limites de son influence. Il a néanmoins souligné que la véritable direction des événements ne se clarifiera qu’après les prochaines démarches.

Concernant la situation intérieure de l’Azerbaïdjan, l’expert a mis en avant le rôle croissant du facteur religieux. Selon lui, la préservation de la laïcité y a longtemps reposé aussi sur des restrictions administratives, mais les tensions autour de l’identité religieuse pourraient créer de nouveaux problèmes pour les autorités. Il a affirmé que la progression de l’islam sunnite, le facteur turc et les relations avec l’Iran sont des processus liés, et que des protestations à fondement religieux pourraient devenir un facteur important de la politique intérieure. Différentes forces extérieures pourraient, selon lui, chercher à en profiter pour faire pression sur Bakou. Il pense que les autorités azerbaïdjanaises pourraient réussir à garder la crise sous contrôle à court terme, sans que les contradictions sous-jacentes disparaissent. Enfin, à propos des relations russo-azerbaïdjanaises, il a relevé plusieurs convergences d’intérêts : pour Moscou, le maintien du système étatique laïc azerbaïdjanais et la continuité de l’influence russe dans la région sont importants. Il a aussi rappelé que la langue maternelle d’Ilham Aliev est le russe ; le texte fourni s’interrompt sur ce point.

Source : Mer Oughin