Selon Hovsep Khurshudyan, président de l’ONG « Azat Qaghaqatsi », les récentes déclarations azerbaïdjanaises concernant Gandzasar constituent une provocation organisée visant à rapprocher Moscou et Bakou aux dépens de la souveraineté arménienne et du processus de paix. Il estime que l’Arménie doit affirmer ses intérêts propres face à la Russie, notamment sur les questions énergétiques et militaires, tout en poursuivant son intégration européenne.
Selon Hovsep Khourchoudian, président de l’ONG « Azat Kaghakatsi », interrogé dans le cadre de l’émission Ruben Mehrabyan Talks, les événements survenus à Gandzasar constituent une provocation orchestrée par l’Azerbaïdjan. Il a estimé que les déclarations de Hajiyev s’inscrivent pleinement dans une tendance au rapprochement russo-azerbaïdjanais, les deux pays cherchant selon lui à améliorer leurs relations non pas au détriment l’un de l’autre, mais une fois de plus aux dépens des intérêts arméniens. D’après lui, la Russie a besoin de faire échouer le processus de paix, ou du moins d’en retarder la signature, tandis que l’Azerbaïdjan tente, aux dépens de l’Arménie, d’améliorer ses relations avec Moscou sans pour autant tomber entièrement sous dépendance occidentale.
M. Khourchoudian a également estimé que la rhétorique azerbaïdjanaise autour de Gandzasar vise aussi les milieux pro-russes actifs en Arménie : si Bakou présente ce monument comme « albanais » ou nie l’existence d’une histoire arménienne, ces thèses pourraient selon lui servir à justifier l’idée qu’il n’y a pas de paix possible dans la région et que l’Arménie aurait besoin d’une protection extérieure. Il a rappelé que les églises et khatchkars arméniens du Nakhitchevan avaient également été présentés comme un patrimoine « albanais » avant leur destruction, jugeant que l’essentiel n’est pas la dénomination employée par Bakou mais la préservation physique du monument de Gandzasar.
Concernant la position de l’Europe, M. Khourchoudian a souligné l’importance, pour l’Azerbaïdjan, non seulement de ses relations gazières mais aussi de sa position géographique, le pays se trouvant selon lui au cœur du Corridor central et constituant une porte d’entrée vers l’Asie centrale pour l’Europe. Il a noté qu’en raison de ses difficultés énergétiques, notamment liées aux développements autour du détroit d’Ormuz, l’Europe accorde une attention particulière au gaz azerbaïdjanais, tout volume supplémentaire pouvant avoir de l’importance, alors que le pétrole kazakh et le gaz turkmène nécessiteraient des solutions infrastructurelles plus longues à mettre en place. Il n’a pas exclu que des pays européens ferment les yeux sur une possible réexportation de gaz russe via l’Azerbaïdjan en cas de besoin d’approvisionnements supplémentaires. Selon lui, Bakou cherche par ailleurs à préserver ses liens avec la Russie et l’Iran, conscient qu’une dépendance totale envers l’Occident l’exposerait à davantage de pressions sur les questions de démocratie et de droits humains ; il a jugé que cette dépendance énergétique européenne est réciproque et pourrait évoluer, ce qui inciterait l’Azerbaïdjan à maintenir ses relations avec Moscou et Téhéran.
Sur les relations russo-arméniennes, M. Khourchoudian a affirmé que la Russie continue selon lui d’utiliser des leviers économiques et énergétiques contre l’Arménie, citant la question du prix du gaz, et a jugé nécessaire qu’Erevan calcule ses propres intérêts plutôt que d’accepter les conditions russes comme une réalité immuable, envisageant, en cas de hausse du prix du gaz russe, la recherche d’approvisionnements alternatifs. Il a également évoqué la possibilité pour l’Arménie de réclamer une redevance ou de revoir les accords existants concernant les infrastructures et ressources mises à disposition de la partie russe.
Concernant l’accord relatif à la base militaire russe, M. Khourchoudian a rappelé que son renouvellement prévoyait une obligation de protection des frontières arméno-azerbaïdjanaises par la partie russe, obligation que Moscou n’honore selon lui pas aujourd’hui, invoquant l’absence de délimitation des frontières. Il a estimé que si un engagement contractuel n’est pas respecté, l’Arménie a le droit de le réviser ou de l’annuler, les autorités arméniennes pouvant déclarer que si la Russie ne veut ou ne peut remplir ses obligations, le maintien de la base militaire devrait également être reconsidéré. Il a souligné que l’Arménie doit calculer ses intérêts en tant qu’État indépendant, indépendamment des critiques adressées au pouvoir en place sur la scène intérieure.
Évoquant enfin la politique intérieure américaine, M. Khourchoudian a estimé que l’Azerbaïdjan et la Russie pourraient tenir compte d’éventuels changements politiques aux États-Unis, tout en jugeant que même en cas de changement de majorité au Congrès, cela n’affecterait pas fondamentalement, selon lui, les grandes orientations en jeu.
Source : Mer Oughin

