**Selon le politologue arméno-américain Viguen Hovsepian, la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat aux États-Unis traduit le mécontentement des électeurs face à l’économie, à la hausse des prix et aux nouvelles guerres. Il a estimé que la stratégie américaine dans le Caucase du Sud resterait globalement inchangée et que la rivalité entre les deux partis pourrait même profiter à la partie arménienne.**
Dans un entretien accordé à ShantNews, Viguen Hovsepian, personnalité publique arméno-américaine et docteur en sciences politiques, a commenté les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis. Selon lui, ils traduisent le mécontentement de la société américaine face aux évolutions politiques des deux dernières années. Il a estimé que le succès des démocrates compte à la fois pour le rapport de forces au Congrès, où ils ont progressé au Sénat et à la Chambre des représentants, et pour les résultats obtenus au niveau des États.
M. Hovsepian a jugé que l’issue des scrutins pour les postes de gouverneur mérite une attention particulière. Plusieurs États sont passés sous contrôle démocrate, ce qu’il juge important car une présidentielle aura lieu dans deux ans et les gouverneurs peuvent y jouer un rôle notable.
Parmi les causes du mécontentement, il a cité la politique étrangère de l’administration Trump, en particulier l’implication dans de nouvelles guerres. Selon lui, Donald Trump était arrivé au pouvoir en promettant de ne pas en lancer, avant d’engager lui-même des opérations militaires contre l’Iran. Il a précisé que la société américaine s’oppose moins à la seule guerre contre l’Iran qu’à l’engagement du pays dans de nouveaux conflits en général. Il a rappelé les mesures prises envers le Venezuela, qui se sont achevées rapidement sans se transformer en conflit durable. Pour l’Iran, les calculs étaient différents : on s’attendait à une victoire rapide, mais des mois plus tard, les conséquences des opérations se font toujours sentir.
L’autre grande cause évoquée est la situation économique. D’après le politologue, Donald Trump avait promis de favoriser les échanges économiques libres et le commerce, mais l’instauration de droits de douane a pesé sur les prix, d’où une inflation qui a ajouté au mécontentement. Il a aussi relevé que de nombreux candidats démocrates victorieux ont présenté le résultat non seulement comme un succès de leur parti, mais comme une victoire des valeurs américaines. À ses yeux, le discours de l’administration Trump et de ses partisans a comporté ces deux ou trois dernières années des manifestations de haine et d’intolérance, et le vote peut être lu comme une réaction de la société.
Sur la suite, il a noté que le président a déclaré être prêt à coopérer avec les démocrates, mais qu’il faut accueillir ces déclarations avec prudence : en 2018, une promesse similaire n’avait pas été suivie d’effets. Selon lui, on verra en janvier, à la reprise des travaux du nouveau Congrès, jusqu’où va cette disposition. Il a ajouté que de nouvelles opérations militaires contre l’Iran dans les semaines à venir rendraient la coopération moins probable, en creusant les clivages politiques.
Concernant la communauté arméno-américaine, il a indiqué ne pas disposer de données de sondage suffisantes pour évaluer sa réaction. Il pense toutefois qu’elle partage les inquiétudes sur l’économie, la hausse des prix et le risque de nouvelles guerres. Une part importante des Arméniens arrivés aux États-Unis ces dix dernières années a plutôt soutenu le Parti républicain, et beaucoup avaient voté Trump il y a deux ans. Il suppose que nombre d’entre eux n’ont pas voté démocrate cette fois, mais se sont peut-être abstenus pour exprimer leur mécontentement. Il a enfin affirmé que, sur certains dossiers de politique étrangère, les approches démocrate et républicaine peuvent différer sensiblement.
Source : Mer Oughin

