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**Dans cette tribune, Varoujan Tenpélian estime que la « culture des masques » persiste dans la vie communautaire en raison de l’absence d’une véritable culture de la reddition de comptes. Selon lui, la population elle-même renonce à exiger des comptes, par amitié, gratitude ou crainte d’affaiblir les institutions.**

Dans cette tribune, Varoujan Tenbelian poursuit une série consacrée à ce qu’il appelle la « culture des masques » dans la vie communautaire. Selon lui, ses deux textes précédents évoquaient des dirigeants et personnalités publiques qui présentent parfois une image différente de leur action réelle, puis le rôle du public, dont le silence, les applaudissements ou l’indifférence peuvent nourrir cette mascarade. Il s’interroge ici sur les raisons de la persistance du phénomène.

L’auteur estime que la réponse tient en grande partie à l’absence d’une culture de la reddition de comptes. Il précise que cette culture des masques n’en découle pas nécessairement : on porte des masques pour préserver son autorité, éviter la critique ou protéger ses intérêts. Mais sans système efficace pour exiger des comptes, le masque peut devenir une pratique acceptée. Selon lui, proclamer des principes (service, dévouement, démocratie, transparence) ne revient pas à les appliquer, et l’on devrait demander à un dirigeant quels objectifs il s’était fixés, ce qu’il a réalisé, ce qui a échoué et comment les fonds confiés ont été utilisés. À défaut, l’image publique peut primer sur le travail accompli : événements, discours, photos et cérémonies d’hommage deviennent des critères de réussite. Une institution peut organiser des dizaines d’événements sans changement notable, et un dirigeant parler sans cesse de la jeunesse sans l’associer réellement aux décisions.

M. Tenbelian distingue responsabilité et reddition de comptes. Assumer une responsabilité, c’est accepter des obligations ; rendre des comptes, c’est expliquer comment elles ont été remplies, présenter les résultats, accepter la critique et, si nécessaire, assumer les conséquences de mauvaises décisions. Il juge que, dans la réalité communautaire, on a parfois l’impression que occuper un poste suffit à mériter respect et confiance, et qu’on honore une longue carrière sans demander quels acquis ont été obtenus. Rendre des comptes ne devrait pas être perçu comme une sanction ou une marque de défiance, mais comme un moyen de fonder la confiance.

L’auteur juge toutefois unilatéral de ne blâmer que les dirigeants et demande pourquoi la population n’exige pas de comptes. Il avance plusieurs explications : le dirigeant peut être un ami, un parent ou une vieille connaissance, et le critiquer est alors vécu comme une atteinte à la relation personnelle ; la gratitude pour des services rendus par le passé fait passer toute remise en cause pour de l’ingratitude, ce qui rappelle selon lui le système féodal des aghas ; enfin, on craint d’affaiblir l’institution en discutant publiquement de ses défauts, confondant critique et hostilité, silence et loyauté. Quand le critique est étiqueté comme fauteur de division, les gens se taisent, par souci de ne pas nuire aux relations ou d’éviter l’isolement, ce qui crée selon lui un faux consensus où tout le monde semble satisfait alors que l’expression du désaccord est entravée.

Il souligne enfin que la reddition de comptes ne se limite pas aux finances, même si la transparence sur l’usage des fonds communautaires est nécessaire. Un établissement éducatif devrait pouvoir expliquer dans quelle mesure il atteint ses objectifs, une association culturelle sa contribution à la vie culturelle, une organisation de jeunesse son encouragement à la participation et à l’initiative. Il ne suffit pas de savoir combien a été dépensé ou combien d’événements ont été organisés : il faut connaître l’objectif poursuivi et le résultat obtenu. Selon l’auteur, la reddition de comptes doit faire partie du fonctionnement normal des institutions, et non être une obligation rappelée en temps de crise ; elle ne doit pas dépendre de la bonne volonté du dirigeant. Il cite comme conditions d’une vie institutionnelle saine des rapports d’activité réguliers, des objectifs clairs, l’explication des décisions, la participation des membres et le renouvellement périodique de la direction. Le texte, tel que fourni, s’interrompt au début de sa conclusion, où il affirme que la culture des masques n’est pas qu’une question d’hypocrisie individuelle.

Source : Mer Oughin