Selon le politologue Hayk Sukiasyan, l’opposition parlementaire arménienne, notamment le parti Dachnaktsoutioun, freinerait les réformes judiciaires et resterait ancrée dans une logique pro-russe contraire aux intérêts d’un État souverain. Il a estimé que l’Arménie doit s’affranchir de la présence militaire et de la dépendance psychologique envers la Russie, et privilégier un agenda stratégique de paix avec l’Azerbaïdjan pour se concentrer sur la construction de l’État.
Le politologue Hayk Sukiasyan a livré une analyse des défis internes et externes auxquels l’Arménie est confrontée, en particulier autour du processus de construction de l’État. Selon lui, les débats actuels au Parlement entre pouvoir et opposition reflètent la structure même de l’Assemblée nationale, où coexistent une composante liée à l’ancien système au pouvoir, jugée favorable à la domination russe, et un pouvoir actuel qui souhaite une Arménie indépendante et souveraine mais manque encore d’expérience dans de nombreux domaines de construction étatique. Selon lui, ce manque ne concerne pas seulement les autorités mais aussi la société dans son ensemble, l’Arménie n’ayant pas développé, selon lui, de pensée étatique sur le long terme.
Le politologue estime percevoir des éléments de sabotage au sein du système judiciaire, citant en exemple l’affaire Gagik Khatchatryan. Selon lui, si les accusations portées sont fondées, elles doivent être prouvées devant les tribunaux, et les anciens responsables doivent répondre à des questions sur l’origine de leur patrimoine. Il a souligné que la société doit pouvoir comprendre comment une telle accumulation de richesse a été possible dans un pays pauvre. Il a toutefois estimé que l’examen d’éventuels processus de corruption sous les anciens pouvoirs ne devrait pas se limiter à une ou quelques personnes, évoquant aussi les privatisations, la cession d’usines et d’autres phénomènes survenus dans les années 1990, qui selon lui méritent d’être étudiés. Il a jugé nécessaire de résoudre rapidement ces questions liées à la restitution de biens et aux anciens systèmes, afin que la société ne reste pas dans un stress prolongé et que l’État puisse se consacrer à la construction étatique.
Interrogé sur la controverse politique entre le Dachnaktsoutioun et le parti Contrat civique, Sukiasyan a dit partager l’avis selon lequel l’orientation idéologique actuelle du FRA pose problème pour le développement étatique de l’Arménie. Il a toutefois estimé qu’il fallait distinguer la génération dachnak de la Première République de l’actuel parti. Selon lui, l’historiographie soviétique a présenté toute la période de la Première République de façon uniforme, ce qui continue d’influencer les perceptions actuelles. Il a salué la génération à l’origine de la création de la Première République, qui, malgré une expérience limitée et des conditions difficiles, avait réussi à fonder un État, lequel n’a toutefois pas pu se maintenir en raison de pressions extérieures et de difficultés internes.
Sukiasyan a par ailleurs estimé que le Dachnaktsoutioun, né sur la base d’une idéologie de lutte de libération nationale, voit certaines expressions de cette idéologie se transformer, selon lui, en une posture non constructive envers l’État une fois la statalité établie. Il a aussi relevé ce qu’il considère comme des contradictions entre l’idéologie socialiste du parti et ses collaborations politiques des dernières décennies, s’interrogeant sur les raisons pour lesquelles un parti se réclamant des intérêts des classes pauvres et travailleuses aurait coopéré avec des cercles politiques plus riches et oligarchiques. Selon lui, les positions actuelles du parti correspondent rarement aux approches anti-russes présentes dans sa littérature historique, et il estime important pour l’Arménie de sortir d’une pensée politique qui maintiendrait constamment l’État dans la logique d’une lutte de libération nationale, pour se concentrer sur le renforcement de l’État existant.
Concernant les relations arméno-azerbaïdjanaises, Sukiasyan a estimé que les actions et déclarations de l’Azerbaïdjan peuvent être utilisées à des fins d’escalade, mais que l’Arménie ne doit pas s’y laisser uniquement guider. Selon lui, certaines thèses avancées par Bakou sur la culture et l’héritage historique arméniens ne doivent pas détourner Erevan de son objectif stratégique, qui est selon lui l’instauration de la paix dans la région et la création d’un environnement permettant à l’Arménie de se développer. Il a jugé que l’Azerbaïdjan pourrait chercher à entraîner l’Arménie dans son propre agenda par diverses déclarations ou actions.
Source : Mer Oughin

