ChatGPT Image 27 juil. 2026, 22_53_11
5 min de lecture

Par Marie Taffoureau

Sous les montagnes arméniennes circulent du cuivre, du molybdène, de l’or, du zinc et de l’argent. À la surface circulent les emplois, les recettes fiscales, les camions, les poussières et les inquiétudes. En 2024, les activités minières métalliques représentaient 28 % des exportations du pays et 6,8 % des recettes publiques. L’extraction soutient donc l’économie arménienne avec le poids d’un pilier. Reste à savoir sur quel sol repose ce pilier et qui demeure dessous lorsqu’il se fissure.

Un minerai ne devient richesse qu’après sa transformation en bien commun. Tant qu’il dort dans la roche, il appartient au temps long. Une fois extrait, il quitte définitivement le territoire. Le véritable bilan d’une mine ne tient alors ni au tonnage ni au chiffre d’affaires. Il se lit dans ce qui reste après le départ du camion : un réseau d’eau, une école, des compétences, des emplois durables, un fonds public, ou seulement une fosse et une promesse de réhabilitation.

Le droit au fond de la mine

Le sous-sol relève de la propriété de l’État. Le Code arménien du sous-sol organise l’octroi, la modification, la suspension et la fin des droits miniers. La loi sur l’évaluation de l’impact environnemental encadre les projets, tandis que l’article 94.1 du Code des infractions administratives sanctionne notamment l’exploitation menée sans avis environnemental favorable ou en violation des conditions fixées par l’évaluation, le plan de gestion et le programme de suivi.

Cette architecture juridique ne vaut que par la qualité de l’information qui l’alimente. Une étude d’impact financée à partir des données de l’opérateur peut respecter la procédure tout en laissant dans l’ombre les effets cumulés sur une vallée, un bassin versant ou la santé de plusieurs villages. La mine doit donc être examinée avant son ouverture, surveillée pendant son activité et financée jusque dans sa fermeture. Les garanties financières de remise en état devraient couvrir un scénario défavorable, non un paysage idéal dessiné sur papier.

L’eau exige ici une vigilance particulière. Les résidus miniers ne disparaissent pas avec la fin du poste de travail. Les parcs à résidus, les métaux lourds, le drainage et les poussières imposent un suivi indépendant, public et durable. Chaque mesure concernant l’eau, l’air et les sols devrait être publiée dans un format lisible, avec l’identité du laboratoire, la méthode, les seuils et l’historique. La transparence sans comparabilité produit des chiffres ; la comparabilité produit du contrôle.

L’État juge et partie

L’Arménie a rejoint l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives et publie des informations sur les paiements, les licences et les bénéficiaires effectifs des entreprises minières. Cette avancée réduit l’opacité des sociétés écrans et permet de savoir qui tient la pelle derrière la personne morale. Depuis 2025, les entreprises concernées doivent aussi remettre des rapports environnementaux, sociaux et de gouvernance.

Une difficulté institutionnelle demeure. L’État est à la fois propriétaire du sous-sol, percepteur, régulateur et parfois actionnaire. Il détient une participation dans le complexe cuivre-molybdène de Zangezur et a accepté le principe d’une participation de 12,5 % dans Lydian Armenia pour le projet aurifère d’Amulsar. Cette présence peut assurer une part directe de la valeur au public. Elle exige aussi une cloison étanche entre celui qui espère un dividende, celui qui délivre l’autorisation et celui qui doit suspendre l’activité en cas de danger. Le conflit d’intérêts institutionnel commence avant toute faute individuelle, dès que les missions se mêlent.

Amulsar condense ce débat. Le gouvernement a annoncé un investissement d’au moins 250 millions de dollars pour l’achèvement du projet et un engagement annuel de sept millions de dollars en faveur des communautés affectées pendant chaque période de douze mois de construction, en plus des taxes environnementales. Ces montants donnent une mesure économique. Ils ne répondent pas seuls aux questions de l’eau, du tourisme, de la santé, du risque financier et de la confiance publique. L’acceptabilité ne s’achète pas ; elle se construit par une expertise contradictoire et un consentement éclairé aux conditions du projet.

La commune après le cours du cuivre

Les régions minières reçoivent des emplois, puis héritent aussi des dépendances. Lorsque l’entreprise devient le premier employeur, le principal mécène et parfois le financeur d’infrastructures, la critique locale coûte cher. Le salarié, le parent d’élève et l’élu parlent alors devant le même acteur. Une commune peut paraître enrichie tout en perdant la liberté de discuter la source de sa richesse.

Les accords de développement communautaire et les subventions liées aux paiements environnementaux constituent une base utile. Ils gagneraient à être complétés par une formule nationale claire : une part stable des revenus miniers attribuée aux communes affectées, administrée dans un fonds contrôlé par des élus, des habitants, des scientifiques et la Chambre d’audit. L’argent devrait financer la diversification économique, afin que la fermeture future ne ferme pas la ville avec la mine.

L’Arménie possède des minerais précieux et un territoire plus précieux encore. Elle peut extraire sans s’extraire elle-même de son avenir. La bonne question demande qui décide, qui surveille, qui bénéficie, qui répare et qui répond lorsque le minerai est parti. Une richesse remonte vraiment avec la roche lorsque le pays conserve davantage que le trou qu’elle laisse.