mer-oughin-34996
4 min de lecture

Selon l’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatyan, la légitimité internationale mise en avant par Nikol Pachinian ne peut à elle seule garantir la paix à l’Arménie, sans renforcement des capacités de défense et création d’alternatives économiques réelles. Il a également souligné l’importance du désenclavement et du développement des communications régionales, alors que l’Azerbaïdjan continue selon lui de jouer un rôle non constructif et que la frontière arméno-turque reste fermée.

L’orientaliste et spécialiste des conflits Arsen Kharatyan a livré, dans un entretien à 1inTV, une analyse critique du discours des autorités arméniennes sur la sécurité et la paix régionale. Selon lui, les thèses présentées par Nikol Pachinian lors d’une conférence internationale à Erevan ne contiennent pas de véritable nouveauté, ces idées ayant déjà été largement diffusées par le pouvoir et le parti «Contrat civique».

Kharatyan s’est montré particulièrement critique envers le lien établi entre la sécurité de l’Arménie et sa légitimité internationale, jugeant cette formulation potentiellement dangereuse : elle pourrait laisser croire que l’Arménie aurait eu, par le passé, des revendications territoriales envers d’autres États, ce qui n’a jamais été le cas selon lui, même durant tout le conflit du Karabakh. Il a rappelé que le droit international, la diplomatie et les capacités de défense sont liés mais qu’aucun de ces éléments pris isolément ne peut garantir pleinement la sécurité, citant l’exemple de l’Ukraine, dont les frontières étaient pourtant reconnues internationalement, ce qui n’a pas empêché la guerre.

L’interdépendance économique régionale a également été jugée importante par Kharatyan, qui estime que des liens économiques mutuels réduisent en principe la motivation à recourir à la force, tout en précisant que cette règle n’est pas absolue, l’interdépendance russo-ukrainienne n’ayant pas empêché le conflit entre les deux pays. Il a souligné que le déblocage des communications régionales est essentiel pour l’Arménie, mais que l’Azerbaïdjan continue de jouer un rôle jugé non constructif, tandis que la frontière arméno-turque reste fermée, ce qui rend le développement de nouvelles orientations et partenariats économiques indispensable pour Erevan.

Concernant le projet TRIPP, Kharatyan a expliqué que la question centrale est de savoir si les nouvelles infrastructures auront une réelle portée économique et sécuritaire pour l’Arménie, ou si elles se limiteront à un simple tronçon de transit. Il a évoqué un lien possible avec le secteur minier arménien, le transport de charges lourdes comme le cuivre pouvant selon lui donner un sens économique nouveau à ces routes, tout en insistant sur la nécessité de comprendre quel bénéfice économique concret l’Arménie en tirerait, au-delà de la seule construction d’infrastructures.

Sur le changement de nom du ministère des Affaires étrangères et l’élargissement de sa dimension économique, Kharatyan a dit ne pas voir de lien direct avec le projet TRIPP, rappelant que l’attraction d’investissements via des représentants commerciaux à l’étranger aurait pu être assurée par le système diplomatique existant, citant l’exemple de la Géorgie devenue par la suite une destination d’investissement notable. Il a par ailleurs jugé nécessaire que l’Arménie identifie clairement ce qu’elle peut offrir aux marchés internationaux, au-delà des produits, notamment dans les technologies de l’information ou la gestion des ressources hydriques, les marchés européens pouvant offrir de nouvelles opportunités face aux restrictions du marché russe, sous réserve de résoudre les problèmes logistiques, y compris via le transport aérien.

Enfin, évoquant les relations arméno-russes, Kharatyan a estimé que les difficultés existantes, notamment autour du chemin de fer et du prix du gaz, deviendront prochainement plus tangibles, en raison de dépendances asymétriques donnant à Moscou certains leviers économiques. Selon lui, si la Russie décidait de limiter ses approvisionnements ou d’exercer des pressions économiques, l’Arménie devrait y être préparée, ce qui fait du développement d’autres marchés et itinéraires logistiques non seulement un enjeu économique mais aussi sécuritaire, notamment dans le secteur énergétique où Erevan doit anticiper l’avenir de sa centrale nucléaire actuelle.

Source : Mer Oughin