Le chef de l’Église apostolique arménienne Karekin II s’est vu interdire de voyager à l’étranger dans le cadre d’une enquête criminelle, l’empêchant d’assister aux funérailles du Catholicos-Patriarche de Géorgie Ilia II à Tbilissi. Une décision qualifiée d’«illégale» par son avocat, révélatrice de la crise profonde entre l’État arménien et l’Église.
Le Catholicos de tous les Arméniens Karekin II s’est vu interdire de quitter le territoire arménien dans le cadre d’une enquête criminelle en cours, l’empêchant d’assister aux funérailles du Catholicos-Patriarche de Géorgie Ilia II, décédé le 17 mars à l’âge de 93 ans. La cérémonie funèbre était prévue le 23 mars à Tbilissi. Son avocat Ara Zohrabyan a confirmé l’information rapportée par Azatutyun.
Karekin II avait été mis en examen en février dans le cadre d’une affaire liée à son refus de se conformer à une décision de justice ordonnant la réintégration d’un évêque défroqué. Cette mise en examen avait entraîné une interdiction de voyager, imposée quelques jours avant une visite prévue en Autriche pour une réunion du clergé que le Premier ministre Pachinian avait implicitement promis de bloquer.
L’avocat du Catholicos avait déposé une demande auprès des enquêteurs pour que les restrictions soient levées afin que Karekin II puisse assister aux funérailles d’Ilia II. Le Comité d’investigation a refusé. «C’est une décision évidemment illégale qui causera un grand préjudice à la réputation de notre pays», a réagi Me Zohrabyan sur Facebook.
Les tensions entre le gouvernement arménien et l’Église apostolique se sont transformées en confrontation ouverte depuis que Pachinian a accusé Karekin II de violer son vœu de célibat, puis l’a qualifié de menace pour la sécurité nationale, l’accusant de servir les intérêts d’un pays étranger — allusion à la Russie. Le Premier ministre n’a pas fourni de preuves claires à l’appui de ces accusations.
Les critiques de Pachinian soulignent que la campagne contre le Catholicos s’est intensifiée après que Karekin II a accusé l’Azerbaïdjan de nettoyage ethnique au Haut-Karabagh lors d’une conférence internationale en Suisse. Ils estiment que le gouvernement cherche à affaiblir un critique influent de ses politiques — des accusations que les responsables arméniens ont fermement rejetées.
Pour la diaspora arménienne mondiale, cette affaire cristallise les inquiétudes sur l’état de droit en Arménie à l’approche des élections législatives du 7 juin 2026, dans un contexte où l’opposition dénonce une dérive autoritaire du gouvernement Civil Contract.
