Aram Sargsyan, président du parti Hanrapetutyun Party (« République »), estime que les forces prorusses en Arménie agissent aujourd’hui de manière coordonnée à partir d’un centre unique, avec pour objectif d’éviter la dispersion des voix lors des prochaines élections.
Dans un entretien accordé à Civic News, il analyse la situation préélectorale et met en garde contre ce qu’il considère comme une tentative d’ingérence étrangère dans les processus politiques internes du pays.
Une stratégie centralisée du camp prorusse
Selon Aram Sargsyan, les forces du champ politique prorusse seraient guidées par une logique électorale précise : conserver l’intégralité de l’électorat favorable à Moscou, qu’il estime représenter environ 38 à 42 % des citoyens arméniens.
L’objectif serait double :
• Éviter toute perte de voix dans le camp prorusse
• Favoriser la fragmentation des voix dans le camp pro-occidental
Il explique que différentes alliances sont formées dans cette optique afin qu’aucune force prorusse ne reste en dessous du seuil électoral.
Certaines formations politiques auraient ainsi choisi de s’allier à Gagik Tsarukyan pour maximiser leurs chances d’entrer au Parlement. D’après Sargsyan, ces regroupements privilégient parfois la participation via des listes partisanes plutôt qu’en coalition, afin de bénéficier d’un seuil électoral plus bas.
Le cas Samvel Karapetyan
Samvel Karapetyan est également au centre des critiques du dirigeant de « République ».
Sargsyan considère que la Commission électorale centrale devrait examiner la légalité de la participation de cette force politique, en raison de soupçons de financement et d’orientation extérieure.
Il affirme par ailleurs que Samvel Karapetyan ne se voit probablement pas lui-même Premier ministre. Selon lui, le véritable négociateur avec la Russie pourrait être une autre figure politique, et certaines forces pourraient soutenir un candidat différent après les élections.
Des risques sécuritaires et territoriaux
Aram Sargsyan exprime également son inquiétude face à certaines déclarations issues de cercles politiques russes, qui évoqueraient parfois des discussions territoriales concernant l’Arménie avec d’autres puissances.
Selon lui, cette approche représente un danger pour la souveraineté nationale et pourrait accroître les risques de nouveaux conflits. Il estime que certaines forces politiques orientées vers Moscou soutiennent implicitement des démarches susceptibles de conduire à une escalade régionale.
Une élection « civilisationnelle »
Pour le président du parti « République », les prochaines élections constitueront un choix civilisationnel :
• Intégration occidentale
ou
• Modèle russe
Il considère que la confiance envers le modèle sécuritaire russe s’est affaiblie au sein de la société arménienne, à la lumière des développements récents dans la région.
Concernant les réformes constitutionnelles, il juge pratiquement impossible d’obtenir une majorité des deux tiers au Parlement sans large soutien populaire et estime que certaines promesses relèvent davantage de la stratégie électorale que d’une perspective réaliste.
Le dossier des chemins de fer
Sargsyan a également critiqué la décision passée de confier la gestion des chemins de fer arméniens à la Russie, estimant qu’il s’agissait d’une erreur stratégique.
Selon lui :
• Les volumes de fret ont diminué
• Des emplois ont été supprimés
• Une partie des infrastructures est aujourd’hui inactive
Il avertit que la Russie chercherait à maintenir son influence en Arménie par divers moyens, y compris linguistiques et politiques.
Une alternative économique : les batteries au sodium
Au-delà des critiques, Aram Sargsyan met en avant des propositions concrètes de développement économique.
Il cite notamment la production de batteries au sodium comme axe stratégique potentiel. Le sodium, extrait du sel et plus accessible que le lithium, pourrait devenir une alternative compétitive dans le secteur des technologies électriques.
Selon lui :
• L’Arménie dispose de réserves de sel exploitables
• Des milliards d’investissements pourraient être attirés
• Une chaîne industrielle complète pourrait être développée
• Des coopérations avec des constructeurs automobiles européens seraient envisageables
Sargsyan estime que ce type de projet pourrait générer une croissance économique rapide et créer de nombreux emplois.
Une stratégie fondée sur des propositions concrètes
En conclusion, Aram Sargsyan affirme que son parti ne se limite pas à critiquer les autres forces politiques, mais cherche à proposer des programmes concrets et à participer activement à leur mise en œuvre.
Il souligne que la représentation parlementaire renforcerait leurs capacités à faire avancer ces initiatives.
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L’entretien complet est disponible auprès de Civic News.
https://youtu.be/ovsIbxWAjic?si=fuEksrGZ5dqZokra
