A quelles fins la base militaire d’Alexandroupolis sera-t-elle utilisée ?

Par Lusine Mkhitaryan

Le secrétaire d’État américain Anthony Blinken et le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias ont signé le 14 octobre à Washington un nouvel accord de coopération en matière de défense entre les deux pays.

Nikos Dendias et Anthony Blinken le 14 octobre à Washington

Il s’agit du deuxième accord de coopération de défense mutuelle mis à jour au cours des trois dernières années, le précédent a été signé en octobre 2019. L’accord permet aux États-Unis de déployer des troupes dans cinq bases militaires grecques, dont le camp militaire de Yanouli (Alexandroupolis) la base militaire de Georgoula (Volos), l’école militaire de Litochoro, et la base navale de Suda (Crète). Certaines de ces bases étaient déjà occupées par des éléments américains et l’accord ne fait qu’élargir leurs capacités.

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Officiellement, Athènes est convaincue qu’une telle coopération avec les États-Unis renforcera sa souveraineté et son intégrité territoriale, et pourra être considérée comme garante de la défense du pays en cas d’attaque.

Cependant, il convient de noter que l’accord ne prévoit pas de clause correspondante, selon laquelle les États-Unis fourniront une assistance militaire à la Grèce en cas d’attaque turque.

Notis MARIAS - Elections du Parlement européen 2019
Notis Marias

L’homme politique grec, ancien membre du Parlement européen Notis Marias, a déclaré dans un commentaire à RIA Novosti que Washington avait initialement promis à Athènes la protection nécessaire.

« Dans le cadre de l’accord, les États-Unis acquièrent une base très importante à Alexandroupolis. Ainsi, le port d’Alexandroupolis se transforme en tremplin, pour mener la politique anti-russe dans la région de l’Europe du Sud-Est »

Il ajoute qu’à travers le port d’Alexandroupolis, les forces américaines et de l’OTAN pourraient se déplacer librement vers la Bulgarie, la Roumanie, l’Ukraine et l’Ukraine et se renforcer dans le voisinage immédiat de la Russie. A noter qu’Alexandroupolis est aussi assez proche de la Turquie.

La durée du contrat est de cinq ans, mais en cas d’accord mutuel, la coopération peut se poursuivre.
Soit dit en passant, dans le contexte de l’aggravation des relations entre les États-Unis et la Turquie, il a été question de déplacer la base militaire américaine d’Incirlik vers une alternative Grècque ou Roumaine, voire aux Émirats arabes unis.

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Incirlik, ancienne province de Cilicie, périphérie de la préfecture Adana)

Il est clair que la politique de la Turquie la rend assez imprévisible pour les États-Unis. De plus, Erdogan pendant son règne, notamment en 2016, a utilisé la base aérienne militaire d’Incirlik pour faire pression sur les États-Unis après une tentative de coup d’État ratée.

Soulignons que ce dernier est important dans la mesure où qu’il y a des armes nucléaires dans cette base militaire. Récemment, la tension turco-américaine sur les « S-400 » et « F-16 » bat son plein n’a pas encore été résolue.

Ainsi, en termes de bases militaires, il semble que la fin de la location américaine d’Incirlik approche enfin en faveur d’une relocalisation en Grèce, ce qui est perçu assez nerveusement en Turquie.

Erdogan a déjà fait part de ses « préoccupations » aux présidents français et américain concernant l’accord sur le renforcement de la coopération militaire bilatérale entre la Grèce et la France, ainsi que la base militaire américaine d’Alexandroupolis.

Outre le président turc, le ministère turc de la Défense a également appelé à la démilitarisation des îles.

D’autre part, l’observation de Notis Marias selon laquelle la base militaire d’Alexandroupolis deviendra une plate-forme anti-russe n’est pas si claire, compte tenu du fait que la Russie à plusieurs reprises, et récemment en octobre au niveau des ministres des Affaires étrangères à Moscou, a exprimé son soutien pour le maintien de l’intégrité territoriale de Chypre.

Par conséquent, malgré les différences entre la Russie et les deux États grecs, le conflit chypriote peut jouer un rôle décisif dans le rapprochement de Chypre et de la Grèce de la Russie.

« Nous avons réaffirmé la position de principe de la Russie en faveur d’un règlement juste, viable et global de la question chypriote dans le cadre du cadre juridique international », a déclaré le 22 octobre Sergeï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères.

Toujours est-il que le changement du rapport de force entre la Grèce et la Turquie dans la région peut freiner l’appétit insatiable de la Turquie. La restriction des objectifs ambitieux de la Turquie contribuant à la perspective d’un environnement plus stable et pacifique dans la région. Il freinera aussi les aspirations du « petit frère » Azéri, sans doute, cela peut donc profiter aux Arméniens.

source : https://hhpress.am/mijazgayin/2021/6858/

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