par Ishkhan Kishmiryan

La nouvelle réalité géopolitique, malgré tout ce qu’on peut y opposer, présente des résultats significatifs en faveur d’Ankara. L’aire postsoviétique est en passe de devenir une aire Panturque.

Dans sa politique de chasser la Russie de l’Asie centrale, la Turquie ne déplaît pas fondamentalement aux puissances anglo-saxonnes, et ne pense évidemment qu’à prendre la région sous son contrôle. Elle planifie ses actions selon cette logique. La transition progressive des pays d’Asie centrale vers l’alphabet latin signifie non seulement le retrait des pays du monde russe, mais aussi le rejet définitif de la langue russe comme moyen de communication interethnique.

Cela signifie que les Kazakhs, les Ouzbeks, les Tadjiks, les Kirghizes et les Turkmènes communiqueront en Turc dans la vie de tous les jours. C’est la destruction finale de l’espace post-soviétique, l’héritage de l’Empire russe, et la division de l’ensemble du territoire eurasien en petits États impuissants sans possibilité d’unification pendant des siècles.

C’est une forte isolation qui est alors promise à la Russie. Lors du sommet du 12 novembre du Conseil des États turcophones, ce conseil devient l’Union des États turcophones après l’admission du Turkménistan comme membre observateur, préalable à une pleine et entière adhésion.

C’est une nouvelle étape du projet « Panturc ».

Le Conseil de coopération des Etats turcophones  à Istanbul, vendredi 12 novembre 2021

Des propositions Russes de venir y mettre un pied n’ont pas été acceptées. Et c’est ainsi que les empires se lézardent. Et Moscou semble accueillir placidement cette situation, du moins en surface, ce qui surprend jusqu’aux cercles politiques russes. Dans cette situation, la Turquie comble le vide dans la région, car les projets d’intégration de la Russie ne fonctionnent tout simplement pas.

La pénétration de la Turquie en Asie centrale est due à la passivité de la Russie.

La Turquie a une nouvelle opportunité de construire un empire, y compris aux dépens de la Russie et de l’Arménie. Et ce n’est pas par hasard que dans la guerre de 44 jours en Artsakh, la Turquie ait guidé l’Azerbaïdjan vers la victoire.

L’accord de Chouchi signé entre l’Azerbaïdjan et la Turquie envisage une coopération militaire, qui ouvre la voie à la Turquie vers la mer Caspienne. Et bientôt des bases militaires turques apparaîtront dans la mer Caspienne, et ce seront de facto des bases militaires de l’OTAN.

Il est clair que les républiques d’Asie centrale « ne brûlent pas du désir » de rejoindre le nouvel Empire, mais il ne faut pas oublier que de nombreux pays d’Asie centrale sont endettés envers la Chine et n’ont aucune chance de se débarrasser eux-mêmes de cette dette.

Les dispenses de visa permettront aux citoyens tadjiks de se rendre en Turquie pour travailler. Les travailleurs migrants tadjiks se sentent chaque année plus mal en Russie, et la plupart des Ouzbeks ne parlent plus russe. Les écoles turques sont très populaires au Kazakhstan et au Kirghizistan.

Dans l’article de l’ambassadeur de Turquie à Washington, paru dans « Defense One » en 2021 le 17 octobre, la présence militaire turque aurait contribué à modifier le rapport de force dans la Grande Eurasie en faveur de l’alliance transatlantique. La Turquie et les États-Unis ont des intérêts communs, notamment en Asie et dans le bassin de la mer Noire. Dans ce contexte, l’acquisition de drones turcs par le Kirghizistan n’est pas un simple accord commercial.

Les prétentions du président turc Recep Tayyip Erdogan à reconsidérer les fondements de la politique mondiale datées de 1945 confirment les ambitions débridées des dirigeants turcs, et la menace d’expulser les ambassadeurs d’un certain nombre de pays était un signal au monde islamique qu’une alliance avec l’Occident n’affecterait pas la position de la Turquie en tant que superpuissance islamique.

Mais les républiques d’Asie centrale peuvent-elles sérieusement faire confiance à Ankara, alors qu’elles coopèrent toujours avec la Russie, dans le contexte de la double pression turque et anglo-saxonne ? Devant l’absence de réponse claire de la part de Moscou, la frustration et l’incompréhension s’accumulent non seulement parmi l’élite des pays d’Asie centrale, mais aussi parmi les gens ordinaires qui ne trouvent pas de réponse à la question de leur avenir dans l’orbite du monde russe.

La Turquie, quant à elle, offre des politiques et des perspectives claires, bien qu’ornées de falsifications et de propagande.
Elle a perçu le rôle énorme d’Hollywood dans la prépondérance du monde anglo-saxon sur le monde Germano-latin, et pas seulement l’économie florissante. Les gens veulent croire aux contes de fées. En un mot, le jeu turc est mené avec toutes les qualités nécessaires.

La Turquie a un objectif et la volonté d’y parvenir. Quid de la Russie ?
Parce qu’il y aurait des raisons de craindre qu’après la turcification de l’Asie centrale, les Turcs tourneront inévitablement leur attention vers les régions Tatares de la Russie. L’État russe serait alors en grave danger.

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