par Hakob Badalyan

Dans une interview avec CNNturk, le ministre turc des Affaires étrangères Çavuşoglu a évoqué les relations arméno-turques, notant qu’Ankara consultait l’Azerbaïdjan sur la question, notant qu’il avait récemment discuté avec le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Bayramov. Le ministre turc a de nouveau évoqué les signaux positifs de l’Arménie, affirmant que la Turquie réagirait de manière adéquate aux mesures positives prises par l’Arménie.

Rien de nouveau, mais de nouvelles nuances.

Accompagnant Ilham Aliev, le président turc Recep Tayyip Erdogan participait il y a peu à l’ouverture d’un aéroport dans les territoires sous contrôle azerbaïdjanais à la suite de la guerre contre l’Artsakh. Parlant aux journalistes des relations arméno-turques, il a noté que le règlement de la question frontalière avec l’Azerbaïdjan et la reconnaissance mutuelle étaient de toute première importance. 

« Il est nécessaire de prendre des mesures qui correspondront à la nouvelle situation dans la région. « Nous sommes en faveur d’une paix durable et de la normalisation des relations multilatérales, mais pour cela, il est nécessaire de déterminer les frontières des États et de les reconnaître mutuellement », a-t-il avancé, notant que rien d’autre n’entravait la normalisation des relations arméno-turques.

Erdogan a-t-il oublié le soi-disant « couloir » ? s’agissait-il d’un silence « momentané » ? Avons-nous affaire à un oubli « sénile » ou à un changement de situation ?

Le « programme principal » d’Erdogan sur la normalisation des relations arméno-turques ne serait il finalement pas que l’Arménie reconnaisse sa frontière mutuelle avec la Turquie ? 

Comme on le sait, la république indépendante d’Arménie n’a pas reconnu cette frontière. Bien sûr, tout cela est du domaine de l’interprétation ou de la conjecture.

En tout cas, le nouveau ton était significatif, d’autant plus que la nouveauté se poursuit dans le discours de Cavusoglu. Le fait qu’il y ait une consultation, au moins, signifie qu’il y a vraiment des sujets à discuter pour établir une ligne commune : si pas de divergence d’intérêts, peut-être divergence d’idées.
Apparemment, cette circonstance « oblige » également Çavuşoglu à dire qu’ils consultent Bakou. 

Et le fait n’est pas ici qu’Ankara, contrairement à Bakou, est plus tolérante et amicale. Simplement, l’échelle des ambitions, les constats et le jeu sont différents. La question des relations arméno-turques aussi. 

Est-ce une opportunité pour l’Arménie ? Probablement oui. Peut-être pas très vaste et pas non plus fondée sur des principes inaltérables, mais une opportunité à utiliser pour travailler plus calmement et patiemment. 

Par ailleurs, une autre circonstance mérite attention. 

Avec Aliyev dans les territoires sous contrôle azerbaïdjano-turc, Erdogan a également suivi le processus de construction de routes que la propagande d’Aliyev présente comme l’embryon du « corridor de Zangezur », conditionné aux négociations sous patronage russe dont l’Azerbaïdjan doit sortir avantagé. 

Les nouvelles nuances sont en effet combinées avec la fuite dans les médias arméniens et russes sur la possible signature de nouveaux documents Arménie-Russie-Azerbaïdjan dans un format trilatéral sous les auspices de la Russie, ainsi que la déclaration de Poutine selon laquelle la frontière arméno-azerbaïdjanaise ne peut être établie sans la Russie (et elle seule, manifestement).

Or, si la propagande d’Aliyev autour du« couloir » correspondait à la réalité, pourquoi serait-il nécessaire de négocier une telle condition avec l’Arménie ?

Le public azerbaïdjanais peut finir par douter de l’agenda bruyant de son monarque pour tenter de dresser tout ce qu’il y avait de nationalisme dans sa population. Il est devenu prisonnier de son public. Par conséquent, le public doit être satisfait d’une manière ou d’une autre. 

Cela ne signifie certainement pas que l’Azerbaïdjan et la Turquie abandonneront leurs tentatives de faire avancer ce programme dans la sphère étrangère. Par conséquent, l’Arménie doit continuer à être vigilante et ferme pour les repousser, notamment en essayant d’utiliser les problèmes qu’Aliyev accumulera au fil du temps dans ses relations avec son public. 

Erevan devrait essayer de tirer parti des différences à grande échelle entre les problèmes d’Aliev et d’Erdogan. 
Il s’agit d’une réalité assez complexe qui nécessite beaucoup de travail diplomatique. 

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