Siranush Ghazanchyan pour Armradio (public radio of Armenia)

L’agence Fitch Ratings a confirmé la note financière à long terme de l’Arménie à « B+ » avec une perspective stable.

Principaux facteurs de notation et commentaires

L’Arménie présente des indicateurs de revenu par habitant encourageants, de gouvernance et d’environnement des affaires ainsi qu’un cadre de politique macroéconomique et budgétaire solide et un engagement crédible en faveur de la réforme qui sont, par ailleurs, étayés par un programme du FMI.

Cependant, ces atouts sont alourdis une dette publique élevée en devises étrangères, des finances extérieures relativement faibles et des tensions géopolitiques susceptibles de dégénérer en conflits militaires.

Pour ce qui est du contexte politique, la victoire décisive du Premier ministre Nikol Pashinyan aux élections anticipées du 20 juin 2021 ayant assuré une majorité parlementaire à son parti « Contrat Civil », qui est maintenant attendue pour résoudre la crise politique intérieure qui s’est ensuivie depuis l’accord de cessez-le-feu négocié par la Russie le 6 novembre 2020 avec l’Azerbaïdjan et conclu les 44 jours de guerre.

Le résultat des élections rafraîchit le mandat du gouvernement et lui commande de poursuivre des réformes structurelles clés et de lutter contre la corruption. De plus, ce résultat constitue une nouvelle approbation de la politique démocratique, les élections ayant largement été reconnues comme libres et équitables après la Révolution de velours de 2018.

Le nouveau gouvernement a mis l’accent sur la paix régionale et l’engagement envers le processus du groupe de Minsk de l’OSCE pour résoudre le différend du Haut-Karabakh. Les observateurs notent un adoucissement marqué de son ton par rapport à l’année dernière.

Néanmoins, des incidents frontaliers périodiques et des infractions à l’accord de cessez-le-feu rappellent la possibilité d’une reprise des combats et la grande dépendance à l’égard de la Russie pour la sécurité dans la région.

La dette publique est élevée, la dette des administrations publiques/PIB bondissant de 13 points pour culminer à 67,4 % (quasiment la limite pour demeurer à la note B) à la fin de 2020, en raison de l’impact budgétaire de la pandémie et de l’impact de la guerre du Haut-Karabakh sur les finances, la chute du PIB et la dépréciation du Dram.

Fitch prévoit toutefois une baisse de la dette/PIB à 60,2 % en 2021 grâce à une forte croissance du PIB nominal (13 %), une réduction du déficit budgétaire et un renforcement du Dram.

La dette publique/PIB devrait poursuivre sa trajectoire descendante progressive à 55% d’ici 2023, guidée par l’engagement du gouvernement à sa règle budgétaire de réduction de la dette, qui sera rétablie à partir de 2022. La dette en devises est élevée à 81% de la dette publique totale en 2021 ( augmente la sensibilité aux fluctuations des taux de change.

Fitch prévoit que le déficit public consolidé se réduira à 3,8 % du PIB en 2021 (2020 : 5,1 %), puis à 2,0 % d’ici 2023.

Les recettes fiscales ont augmenté de 10,5%, tirées par la hausse des recettes de TVA résultant d’un rebond de la consommation intérieure et du commerce extérieur, tandis que les investissements et autres dépenses ont été sous-exécutés par rapport au budget à fin juillet.

Le déficit sera financé principalement par les 750 millions de dollars US des euro-obligations levés en février 2021, mais le financement du déficit en 2022-2023 se concentrera davantage sur les sources nationales alors que le gouvernement cherche à réduire la dette extérieure et à limiter la vulnérabilité à la dépréciation du dram.

Au 2e trimestre, Le PIB réel a enregistré un rebond de 13,2 %, porté par le dynamisme dans la construction, l’agriculture et les services, et soutenu par de forts envois de fonds et des politiques accommodantes continues.

Fitch prévoit que la croissance du PIB réel se redressera à 5,5 % en 2021 (2020 : -7,4 %), puis ralentira à 5,3 % en 2022 et à 4,7 % en 2023.

Les risques pesant sur nos prévisions sont assez équilibrés, le potentiel d’une reprise économique plus rapide compensant les risques de restrictions économiques renouvelées dues à une nouvelle intensification potentielle de la crise de Covid-19 dans le contexte de la lenteur du déploiement de la vaccination en Arménie (moins de 5 % de la population était entièrement vaccinée à la mi-septembre).

L’inflation s’est accélérée à 8,8 % en GA en août 2021, au-dessus de l’objectif de 4,0 % de la Banque centrale d’Arménie (BCA), principalement en raison des pressions mondiales sur les prix alimentaires (15,1 % en GA), du rebond de la demande après la récession de 2020 et des goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement.

Fitch prévoit une inflation moyenne de 7,4% en 2021, se modérant à 5,0% et 4,0% en moyenne en 2022-2023 à mesure que les chaînes d’approvisionnement et la production s’ajusteront.

La BCA a relevé son taux directeur d’un montant cumulé de 300 pb à 7,25 % entre décembre 2020 et septembre 2021 en réponse aux pressions inflationnistes nationales. Une augmentation des réserves obligatoires en drams des banques, visant à améliorer la transmission monétaire, a également eu pour effet de durcir les conditions monétaires. Un resserrement monétaire inattendu des principales banques centrales pour freiner la hausse de l’inflation mondiale pourrait inciter la BCA à resserrer davantage ses taux.

Les finances extérieures sont une faiblesse relative par rapport aux pairs notés « B ». Un long historique d’importants déficits courants non financés par les flux d’investissements directs étrangers a entraîné une dette extérieure nette élevée, que nous prévoyons à 55% du PIB à la fin de 2021.

La réduction du déficit commercial des biens et services au 1T21, la croissance des envois de fonds et le resserrement des conditions monétaires ont conduit à une appréciation du dram/dollar américain de 6% au au mois d’août dernier.

Fitch prévoit que la reprise des importations à mesure que l’activité économique augmente pour contribuer à une normalisation du déficit du compte courant à des niveaux relativement élevés de 4,4 % du PIB en 2021 et de 5,0 % en 2022 (2020 : 3,8 %).

Enfin, pour reprendre le jargon financier, l’Arménie a un classement WBGI (World Government Bond Index) ‘moyen’ au 48e centile, reflétant un bilan récent de transitions politiques pacifiques, un niveau modéré de droits de participation au processus politique, une capacité institutionnelle modérée, un état de droit établi et un niveau modéré de corruption.

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