La 15e séance de la Commission économique conjointe Iran-Azerbaïdjan s’est tenue à Bakou les 10 et 11 mars avec la participation des coprésidents avec la participation du ministre iranien des Transports et du Développement urbain Rostam Ghasemi et du vice-président azerbaïdjanais Shahin Mustafayev.

par Emma Beguijanian

A la veille de la séance, qui coïncidait avec le 30e anniversaire des relations diplomatiques Téhéran-Bakou, les ministres des Affaires étrangères de l’Iran et de l’Azerbaïdjan Hossein Amir abdolahian et Jeyhun Bayramov ont eu une conversation téléphonique, au cours de laquelle ils ont souligné la nécessité d’un élargissement multilatéral des relations. les deux pays attachent une grande importance à l’expansion de la coopération économique.

Rostam Ghasemi, actuel 
ministre des Routes et du Développement urbain de la République islamique d’Iran

L’objectif principal de la visite de Ghasemi à Bakou était de signer un accord sur la participation de Téhéran à la reconstruction des territoires occupés et à la construction d’une nouvelle route de transit Azerbaïdjan-Nakhitchevan à travers l’Iran. Le 11 février, un protocole d’accord a été signé entre les deux pays sur la construction d’une autoroute, d’une voie ferrée et d’autres voies de communication de 55 kilomètres de long à travers l’Iran, qui reliera Jabrail (Jrakan) au Nakhitchevan, en contournant la frontière arméno-iranienne.

Certains médias iraniens ont qualifié le document d’historique, notant que le « corridor de Zangezur » passerait par l’Iran et non par l’Arménie. A cet effet, deux nouveaux ponts seront construits sur l’Arak, l’un financé par l’Iran et l’autre par l’Azerbaïdjan.

Si la partie iranienne parvient à mettre en œuvre cet accord, il faut dire que Téhéran, peut-être, a réglé le problème qui l’inquiète le plus après la guerre de 44 jours, depuis la signature d’une déclaration trilatérale le 9 novembre.

Le paragraphe 9 du document parle de la réouverture des voies de communication et de la route reliant l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan, que l’Azerbaïdjan et la Turquie présentent comme le « corridor de Zangezur » échappant au contrôle de l’Arménie, qui réaliserait le rêve des pan-turcs – l’unité de la monde turc.

Le soi-disant « corridor » éliminerait l’importance géostratégique de la frontière arméno-iranienne, qui portait un coup direct à la position géopolitique de l’Iran, privant du même coup l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan, ainsi qu’une voie de transit pour la Turquie et l’Azerbaïdjan.

Mohammad Javad Zarif, Ancien Ministre des Affaires étrangères de l’Iran, prédecesseur d’Hosein Amir Abdollahian.

C’est pourquoi l’Iran, venant peut-être soudainement du point mentionné de la déclaration trilatérale, a annoncé immédiatement après la guerre qu’il ne tolérerait pas un changement des frontières internationales, et la frontière arméno-iranienne est sanctuarisée. Ensuite, le ministre des Affaires étrangères Mohamed Javad Zarif a visité les pays de la région – l’Azerbaïdjan, l’Arménie, la Géorgie, la Russie et la Turquie pour discuter de la situation après la guerre.

Mais la tournée de Zarif n’a enregistré aucune réalisation sérieuse sur la question qui préoccupe l’Iran. À cet égard, Nikol Pachinian avait déclaré à plusieurs reprises qu’il ne pouvait être question d’un tel couloir. Tout comme en 2021, lors de sa visite en Iran d’octobre , le ministre des Affaires étrangères de la RA, Ararat Mirzoyan, avait souligné à plusieurs reprises qu’un tel « corridor» était exclu.

Cependant, Téhéran a décidé de défendre seul ses intérêts, qui coïncident avec les intérêts de l’Arménie, craignant peut-être d’éventuelles pressions sérieuses sur l’Arménie. Dans une interview accordée à l’agence de presse turque Anatolie le 11 février dans le cadre de la conférence diplomatique d’Antalya, Bayramov a mis l’accent sur les relations arméno-azerbaïdjanaises. L’Azerbaïdjan était soi-disant prêt à élargir ses relations avec l’Arménie sur des principes particuliers, soulignant qu’il a soumis des propositions en 5 points à l’Arménie à cet égard (sans les mentionner). Apparemment, on peut supposer que l’un des points fait référence à ce « couloir » notoire, qui, en fait, devrait être considéré comme résolu par le document signé avec l’Iran.

Quant aux relations Iran-Azerbaïdjan, elles ont connu de sérieux soubresauts au cours des 30 années d’indépendance de ce dernier.

La relation s’embrase de temps en temps, conditionnée par l’atmosphère de méfiance mutuelle entre les deux pays. L’Azerbaïdjan a des ambitions territoriales pour les provinces turcophones du nord-ouest de l’Iran, dont Bakou parle tantôt avec retenue, tantôt agressivement. D’autre part, Bakou est très préoccupé par une éventuelle révolution islamique en son sein, ou la formation de forces sous l’influence de l’Iran, qui est due au fait qu’environ 80 % de la population de ce pays est d’obédience chiite Iranienne.

Bien que les autorités de Bakou fassent de sérieux efforts en coopération avec la Turquie pour répandre le sunnisme aux dépens du chiisme, en particulier avec l’appui de l’école hanafite de Turquie (Le hanafisme ou hanéfisme est la plus ancienne des quatre écoles religieuses islamiques sunnites de droit musulman et de jurisprudence, censée faire autorité pour guider les chiites vers le sunnisme), les réalisations ne sont apparemment pas concluantes. (Le hanafisme est un peu plus indulgent que les autres maḏâhib dans la mesure où, en cas de récidives, le voleur ne peut pas subir plus de deux amputations).

Le « feu inextinguible » dans les relations Téhéran-Bakou a enregistré une flambée sans précédent en 2021.
Notamment depuis mai, lorsque Bakou a annexé le tronçon Vorotan de la route Goris-Ghapan, puis exigeé des droits de douane sur les voitures et camions iraniens qui y transitent. Les déclarations d’Aliyev sur le corridor de Zangezur ont également échaudé les conceptions iraniennes de la stabilité régionale. Les tensions dans les relations Iran-Azerbaïdjan ont atteint un pic le 1er octobre de la même année en raison de l’exercice militaire à grande échelle des forces terrestres iraniennes le long de la frontière avec l’Azerbaïdjan, qui impliquait des drones et des hélicoptères.

A cette occasion, Erdogan a même menacé l’Iran, déclarant que ce dernier n’attaquera pas l’Azerbaïdjan, car Israël est derrière ce pays. Puis, comme on le supposait, la tension a commencé à se calmer, peut-être Aliyev s’est-il rendu compte que c’était trop. Cela a été suivi d’une énième lune de miel dans les relations entre les deux pays, ce qui a facilité la signature du document en question.

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