Traduit de Benyamin Poghosyan, chroniqueur de CivilNet et le directeur exécutif de l’Association des sciences politiques d’Arménie (source sous l’article)

Après la signature de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2020, qui a mis fin à la guerre du Karabakh avec le forfait militaire de l’Arménie [et des concessions territoriales disproportionnées par rapport à la pénétration réelle des troupes azéries dans le dispositif de défense arménien], le sujet le plus discuté est peut-être la relation entre l’Arménie et le Karabakh (Artsakh). Quel est l’objectif de l’Arménie concernant le Karabakh et comment compte-t-elle atteindre le résultat souhaité ?

Un homme marche sur un pont décoré de drapeaux de l’Arménie et de l’Artsakh, avec le mont Ararat en arrière-plan, à Erevan le 7 octobre 2020. (Photo de – / AFP) (Photo de – / AFP via Getty Images)

Les experts et les analystes ont déjà réagi aux formulations vagues et incertaines concernant cette question dans le plan gouvernemental quinquennal, approuvé la semaine dernière par la législature arménienne. D’une part, les dirigeants arméniens continuent de faire référence à la nécessité essentielle d’établir l’autodétermination du Karabakh, par le biais de négociations ; d’autre part, ils ne veulent pas participer aux événements qui marquent le 30e anniversaire de la déclaration de la République d’Artsakh.

Autodétermination:

La première question, à laquelle le gouvernement arménien est obligé de fournir une réponse claire concerne les frontières du Karabakh. Que comprennent le Premier ministre arménien, le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire du Conseil de sécurité lorsqu’ils disent « le droit du Karabakh à l’autodétermination » ? Le gouvernement doit définir les frontières à l’intérieur desquelles il envisage l’autodétermination. Est-ce à l’intérieur des frontières du 26 septembre 2020, à l’intérieur des frontières de février 1988 de la Région autonome du Haut-Karabakh (NKAO), ou est-ce à l’intérieur des frontières de la République du Haut-Karabakh qui a été proclamée le 2 septembre 1991 ?

D’une part, les autorités arméniennes continuent de parler publiquement de la nécessité de parvenir à l’autodétermination au Karabakh, mais, en même temps, elles n’ont pas jugé bon de participer aux cérémonies officielles consacrées au 30e anniversaire de la proclamation du Haut République du Karabagh. En fait, depuis la fin de la guerre Pashinyan a évité de visiter le Karabakh. Avant la guerre, Pashinyan, en sa qualité de Premier ministre, s’y était rendu 12 fois (!).

Occupation territoriale :

La deuxième question que les autorités arméniennes évitent d’affronter est le statut des territoires occupés par l’Azerbaïdjan après la deuxième guerre du Karabakh, y compris les régions de Shushi et Hadrut.

Cela signifie-t-il qu’Erevan considère ces territoires comme faisant partie de l’Azerbaïdjan ? L’Arménie fait-elle une distinction entre les territoires de la NKAO (dont Hadrout, Shushi, certains villages de Martakert) et les territoires sous juridiction de la République d’Artsakh avant la guerre de 2020 ?

En d’autres termes, pour Erevan officielle, la zone de 3 000 kilomètres carrés de la NKAO qui reste arménienne sous le contrôle des soldats de la paix russes est-elle différente des territoires de la NKAO actuellement occupés par l’Azerbaïdjan ? Quelle est la différence entre les villes de Shushi et Stepanakert ?

Si l’Arménie considère Shushi comme un territoire azerbaïdjanais qui était simplement sous contrôle arménien pendant 28 ans, alors par la même logique, Stepanakert est également un territoire azerbaïdjanais, sous contrôle temporaire des forces de maintien de la paix russes.

L’Arménie doit soit déclarer officiellement l’occupation des territoires du Karabakh par l’Azerbaïdjan, en soulignant que les territoires occupés de la NKAO (Nagorno-Karabakh Autonome Oblast) ne feront jamais partie de l’Azerbaïdjan, soit convenir que Stepanakert, Martakert, Askeran et Martuni sont également des territoires azerbaïdjanais mais restent temporairement sous le contrôle des forces de maintien de la paix russes.

Sécurité:

La prochaine question impérative est la question d’assurer la sécurité du Karabakh. Que se passera-t-il si, pour une raison ou une autre, la Russie en retire ses troupes? À l’heure actuelle, les autorités arméniennes disent que les troupes russes ne quitteront pas le Karabakh en novembre 2025, mais qu’elles resteront bien plus longtemps, et par conséquent, la sécurité physique des Arméniens vivant au Karabakh est assurée.

Cette position implique que l’Arménie ne se considère plus comme le garant de la sécurité des Arméniens du Karabakh, et qu’elle considère la sécurité comme un problème à résoudre exclusivement dans le cadre bilatéral Russie-Azerbaïdjan ou trilatéral Russie-Azerbaïdjan-Turquie. Si la Russie parvenait à un accord avec l’Azerbaïdjan pour étendre le déploiement de ses troupes en Artsakh, les Arméniens continueraient à vivre à Stépanakert et dans les régions environnantes. Sans quoi, les Arméniens du Karabakh seront soit anéantis, soit forcés de brûler leurs propres maisons et de fuir, tout comme la population de la région de Kashatagh l’a fait entre le 10 et le 30 novembre 2020.

Dans le meilleur des cas, la République d’Arménie pourrait fournir à ces personnes un soutien et un abri temporaire en Arménie. Ce sera une bonne occasion de blâmer une fois de plus la Russie pour avoir trahi et vendu les Arméniens et d’exiger une fois de plus que l’Arménie quitte l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par la Russie et l’Union économique eurasienne [mentionnons qu’au sein de l’OTSC, la plupart des républiques de la caspienne sont « amies » de l’Azerbaïdjan, NDLR].

Ces questions appellent des réponses urgentes. Mais bien sûr, le manque de réponses est en soi une position. Mais dans ce cas, les autorités devraient cesser de discuter de l’autodétermination de l’Artsakh, de surmonter cette période de crise, de lancer de nouveaux programmes de développement et d’autres sujets plus avenants.

Peut-être, dans ce cas, serait-il plus sincère de diriger les Arméniens du Karabakh vers Bakou, ou Moscou, pour déterminer leur propre sort, et ne pas être pris au dépourvu pour de futures catastrophes.

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