Le ministre turc des Affaires étrangères Mlut Cavusoglu était à Moscou le 16 mars pour des entretiens avec le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov. Ce dernier a déclaré que la situation en Ukraine, en Libye, au Haut-Karabakh et d’autres questions ont été discutées lors des pourparlers. 

La visite de Çavuşoglu à Moscou a eu lieu un jour important dans les relations russo-turques, à l’occasion du 101e anniversaire de l’accord russo-turc de 1921 à Moscou. Pour nous cet accord est une triste page, car il a réduit des territoires et des intérêts arméniens à l’état d’objets de négociations entre deux puissances.

Dans la pratique, les relations russo-turques sont encore réglées ou conditionnées par la logique de cet accord. D’ailleurs, la Russie et la Turquie ne sont pas pressées de mettre à jour la « base juridico-politique » de leur relation, elles continuent de s’appuyer dessus. 

Bien sûr, cela est dû au fait que des mouvements tectoniques mondiaux ont lieu en ce moment, auquel cas il est pratiquement impossible de parvenir à une base juridico-politique qui ne risque pas de devenir obsolète à court terme, compte tenu de la vitesse et le volume des réalignements géopolitiques.

D’autre part, si l’accord russo-turc de Moscou est symbolique pour Moscou et Ankara, il l’est devenu davantage après la guerre de 2020, avec la logique simple qu’avec cette guerre la Turquie a traversé l’Arak et le Nakhitchevan, violant de fait la frontière tracée en 1921. 

Cela s’est passé dans le relatif silence de la Russie, se terminant par « l’opération compliquée » dont parlait le ministre russe de la Défense, Choïgou. Dans l’ensemble, il s’agissait de l’accord sur la partition russo-turque de l’Artsakh, à la suite duquel la frontière traverse désormais la ligne Shushi-Stepanakert. 

Cependant, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un accord temporaire. Temporaire ne signifie pas tout aujourd’hui ou demain, ou un an plus tard, peut-être dix ans. Fixer ce délai dépasse l’agenda actuel de la Turquie ou de la Russie, mais en pratique, ces deux pays devraient se manifester le moment venu. 

La Russie, qui a entamé un vaste processus extrêmement compliqué de partage de ses sphères d’influence mondiale avec les États-Unis, pourra soit compléter son influence dans la zone post-soviétique, y compris le Caucase, soit perdre le Caucase que la Turquie attend. Bien sûr, cette perspective peut se nuancer.

Le fait est que dans la perspective stratégique d’un grand jeu américano-russe, une nouvelle opération complexe russo-turque pourra être menée dans le Caucase. Il n’est d’ailleurs pas inévitable que cela se termine par une nouvelle guerre. La probabilité de cela n’est pas nulle. 

Cela dépendra déjà de la nature de la communication américano-russe. 

Les États-Unis peuvent, sous certaines conditions, aider la Russie à mener une « opération » avec la Turquie sans tirer l’épée, afin d’exercer une influence sur le Caucase. D’autre part, la Russie peut être contrainte à une nouvelle guerre avec un certain nombre de scénarios possibles. 

Ces réalités ne laissent pas d’autre choix à Ankara et à Moscou que de continuer à s’appuyer sur l’accord russo-turc de 1921, même s’il a longtemps été perçu comme plus symbolique et ne reflétait pas les réalités et les tendances modernes.

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