Un sondage mené par l’American International Republican Institute a été réalisé en Arménie en novembre-décembre derniers, sur divers sujets. Il en ressort que 88% des personnes interrogées pensent que la Turquie est une menace pour l’Arménie. 81% pensent que l’Azerbaïdjan l’est aussi. Fait intéressant, 11% pensent que la Russie en est également une.

D’aorès un article de Hakob Badalyan

Concernant la Turquie, ce chiffre est tout à fait objectif, compte tenu du fait de la guerre de 44 jours, de la participation directe de la Turquie à celle-ci, de la politique turque envers l’Arménie en général et de la politique turque ambitieuse et agressive de la présidence Erdogan. 

Un certain nombre de milieux tentent déjà d’opposer cet indicateur au processus de normalisation des relations arméno-turques, dans le contexte où l’écrasante majorité de la société arménienne est contre la politique de normalisation des relations Arméno-turques. 

Cependant, d’autres questions de l’enquête apportent une image différente, notamment celles faisant appel à un avis plus personnel. Par exemple, 5% des interrogés pensent que le développement des relations avec la Turquie est important pour le développement de l’Arménie. 29% d’entre eux pensent que les relations avec la Turquie doivent être établies sans conditions préalables.  

Environ la moitié des personnes interrogées pensent qu’un dialogue doit être engagé avec la Turquie, mais la question de la reconnaissance du génocide doit rester à l’ordre du jour, c’est à dire que l’Arménie devrait poser une condition préalable. 

Les réalités géopolitiques et politiques régionales entourant l’Arménie et la politique de la Russie, les opinions dominantes de l’élite économique concernant la coopération avec la Turquie, l’incontestable avancée des idées pantouraniennes, tout cela semble parfaitement assimilé par la population.

L’évaluation de la menace semble assez homogène, mais devient assez diversifiée lorsqu’elle est considérée dans le contexte du mécanisme de gestion de la menace. Et justement, le processus de rapprochement arméno-turc est considérée comme un outil de gestion de la menace. 

L’Arménie ne sera pas rendue plus prospère ou moins menacée en concédant une normalisation sans conditions à la Turquie. Elle en deviendrait peut-être plus vulnérable. Mais le dilemme reste entier, car ne pas le faire reviendrait éventuellement à laisser empirer la situation. Un authentique pari Pascalien s’impose alors.

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