Les actions de la Turquie en Syrie et en Irak visent officiellement les Kurdes, mais officieusement la Russie. Dans la lutte contre les intérêts russes, la participation au processus d’expulsion de la Russie des marchés occidentaux de l’énergie rapporterait gros à Ankara et à Bakou sa vassale.

par Ishkhan Kishmiryan

Rappelons en préambule que lorsque l’opération militaire spéciale russe en Ukraine a commencé, Ankara a fermé le détroit du Bosphore et des Dardanelles à tout navire militaire, y compris les bâtiments Russes, pour des raisons de « préservation et de stabilité » dans le bassin de la mer Noire.

La base aérienne de Khmeimim en Syrie

L’opération militaire de la Russie en Syrie a été reléguée au second plan médiatique au milieu de l’escalade des hostilités en Ukraine. Mais les mouvements de la Turquie en Irak et en Syrie peuvent causer de gros problèmes à Moscou. Cela est apparu après que la Turquie a bloqué son espace aérien aux avions russes vers la base aérienne de Khmeimim en Syrie, qui est d’une importance stratégique pour Moscou et Damas, à travers laquelle la partie russe contrôle non seulement le ciel syrien mais aussi la mer Méditerranée.

Ces considérations font apparaître la Syrie et l’Irak comme des théatres d’opération loin d’être secondaires. Si l’Irak fermait son ciel aux avions russes à la suite d’Ankara, les bases militaires de Tartous et de Khmeimim se transformeraient en « forteresses assiégées ».

C’est ainsi que le magazine anglophone « Al-Monitor » interprète la situation : « La Turquie a bloqué son espace aérien aux avions russes, ne leur laissant qu’un petit couloir à travers l’espace aérien de l’Iran et de l’Irak. Mais il est certain que les États-Unis mettront tout en œuvre pour contraindre la « Bagdad officielle » à interdire l’espace aérien d’Irak aux Russes. L’action de la Turquie semble coordonnée à cette entreprise. »

Le moment est venu pour Erdogan de résoudre enfin la question de la province syrienne d’Idlib en sa faveur. La Russie est occupée avec l’Ukraine, et l’Occident est occupé avec la Russie. Et pour tout le monde, le Proche-Orient (Middle East pour les anglophones) semble, à première vue, une question secondaire. Sur cette base, les Turcs peuvent frapper la Syrie « en toute discrétion », et bloquer à l’avance les moyens que la Russie peut employer avec son allié Bachar al-Assad pour repousser leur attaque.

Le président turc tentera de forcer le groupe russe stationné sur les bases militaires de Tartous et Khmeimim à quitter la Syrie dans un avenir proche. Pour ce faire, elle complique les possibilités de ravitaillement pour que les militaires russes n’aient plus de capacité de projection.

« Si Ankara est guidée par une telle logique, les Turcs agiront de manière rationnelle. Premièrement, ils créeront des obstacles pour le célèbre « Syrian Express », qui livre des marchandises par mer de Sébastopol et Novorossiysk à « Tartous » depuis 7 ans déjà. Deuxièmement, ils fermeront toute possibilité de pont aérien pour l’aviation russe. Et le plus intéressant est ici. Le but de ce « jeu » turc n’est-il pas d’éloigner la Russie du Moyen-Orient ? « Le vrai chef d’orchestre Washington n’est-il pas incarné par Erdogan ? », écrit Svpressa.ru, soulignant que si tel est le cas, il est probable que les États-Unis tentent bientôt de forcer Bagdad à interdire aux avions russes de survoler l’Irak.

Et si Washington réussissait à soumettre l’Irak à sa volonté, où règne désormais l’anarchie totale ? Dans ce cas, la stratégie consisterait à continuer à approvisionner les troupes russes en Syrie exclusivement par des navires civils. Mais il n’y a aucune certitude que cela suffira pour continuer l’approvisionnement.

Le fait est qu’après le lancement de « l’opération militaire spéciale » en Ukraine, pour Moscou, en plus de la Syrie, une autre « île » a été formée – la région de Kaliningrad. Le transport de marchandises y est bloqué par les États baltes et la Pologne au motif que l’Occident impose des sanctions à la Russie.

Il apparaît désormais que la capacité de la Russie à continuer d’approvisionner ses unités en Syrie est très limitée, ce qui est bien connu des Turcs et des Américains. Dans ces conditions, si des acteurs importants tels que l’Iran et la Russie sont isolés des marchés demandeurs d’énergie, et que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis coordonnent leurs politiques non pas avec l’Occident, mais avec la Russie et la Chine, l’Irak devient la clé de la sécurité énergétique Occidentale.

Il y a un certain nombre de facteurs politiques et géopolitiques à cela. Tout d’abord, l’Irak se classe au 4e rang mondial en termes de réserves de pétrole avec 145 milliards de barils. Le fait que la plupart des réserves soient situées au nord, dans la région de Mossoul-Kirkouk (image), et que le coût de production du pétrole soit assez bas, augmente également l’attractivité de l’Irak.

L’Irak possède également de riches gisements de gaz naturel qui sont largement inexplorés. Or, ces gisements inexplorés se trouvent sur une route importante pour le transport du gaz qatari vers l’Europe. Les acteurs occidentaux, qui voient la Russie comme un grave problème de sécurité, chercheront à ramener l’Irak sur les marchés mondiaux de l’énergie.

Ainsi, en lançant une opération militaire en Irak, Ankara vise non seulement à détruire le PKK, mais surtout à établir son contrôle des routes énergétiques. La Turquie essaie de présenter les Kurdes qui luttent pour leur liberté et leur indépendance comme des éléments déstabilisateurs au nord de l’Irak. On peut supposer que l’intérêt et le soutien de l’Occident pour le Parti des travailleurs kurdes diminueront pour des raisons énergétiques.

De ce fait, La Turquie pourrait commettre un génocide contre les Kurdes dans le nord de l’Irak, déclarant qu’elle assure la sécurité des voies de transport de l’énergie vers l’Occident. Pour réussir ce forfait, elle doit manoeuvrer pour étouffer les forces russes du Proche Orient.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

%d blogueurs aiment cette page :